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ALLIANCE REPUBLICAINE DE PROGRES

LA LUTTE MONDIALE ENTRE SOCIALISME ET CAPITALISME AU XXième SIECLE, PREFIGURATION D’UN FUTUR CHOC DES CONTINENTS AU XXIième SIECLE ?

21 Août 2021 , Rédigé par Patrick CLEMENT

Depuis longtemps, je voulais approfondir mes connaissances sur le régime de Vichy et, de manière générale, sur la seconde guerre mondiale. Après la lecture de trente-trois livres (soit trente-sept volumes, ce qui est une goutte d’eau dans l’océan de la production littéraire relative à cette période de l’histoire, je le reconnais bien volontiers), dont vous trouverez toutes les références en fin d’article (avec une appréciation personnelle pour ceux qui voudraient approfondir le sujet) et auxquels je me référerai grâce au numéro que je leur ai attribué, je me suis rendu à l’évidence.

La seconde guerre mondiale a été le cœur d’un affrontement qui couvait depuis le début du XXième siècle et dont les effets se poursuivront jusqu’à la fin de ce siècle, avec une métamorphose que nous pouvons observer en ce premier quart du XXIième siècle. Le capitalisme a remporté une victoire telle qu’il en a renversé les Etats ou s’est incrusté au plus profond d’eux, au point que le socialisme qui s’est opposé à lui, ne survit à travers le monde que par irruption localisée ici ou là, et surtout à travers des idéologies qui l’abritent désormais telles que l’écologie politique et de manière générale différents courants de pensée qui lui assurent finalement une forme de victoire souterraine.

(1) Histoire de Vichy (F.G. Dreyfus) – p. 178 (extrait d’une Déclaration collective rédigée début juillet 1940, à l’initiative de Gaston Bergery – socialiste indépendant, regroupant des parlementaires d’horizons différents -, et « résumant ce que réclament bon nombre de jeunes intellectuels français depuis une décennie ») : « (…) Car la course vers une forme nationale du socialisme est universelle, à la seule exception de l’Angleterre parmi les grandes nations. Partout ailleurs, depuis le New Deal des Etats-Unis jusqu’au stalinisme de l’URSS en passant par les Etats totalitaires de l’Europe centrale et la péninsule ibérique, les peuples ont cherché à atteindre par des voies spectaculairement différentes des buts identiques. La seule question est de savoir si la voie est bonne ou mauvaise, si elle implique plus ou moins de désordres transitoires, si elle est plus ou moins semée d’erreurs qu’il faut réparer dans la souffrance, si elle détruit plus ou moins des élites qu’il faut ensuite à grand-peine reconstituer. »

(1) Histoire de Vichy (F.G. Dreyfus) – p. 278 : « A certains égards on peut se demander si Vichy, sur le plan économique, n’a pas été plus « socialisant » que le Front populaire. En tout cas naît et croît alors un capitalisme d’Etat dynamique et efficace. » - p. 316 (sur Otto Abetz) : « Hostile à la France de la Révolution nationale qui, au fond, lui fait peur par ce qu’elle a de « national », il cherche à construire une France « socialiste », antimarxiste, pro-allemande : en fait foi son rapport au Führer sur le travail politique en France. » - p. 356 : « Si, à Vichy, maréchalistes et vichystes apparaissent comme les tenants d’une économie corporative de marché contrôlée par l’Etat, à Paris on est socialiste. Déat, le RNP [Rassemblement National Populaire – parti collaborationniste] et L’œuvre [Journal classé à gauche, dirigé par Déat à partir de juillet 1940] ne cessent de parler de « l’Europe de demain qui sera socialiste », thème que Laval reprendra dans son fameux discours du 22 juin 1942 où il souhaitait la victoire du Reich [contre le bolchévisme] et qu’il conclut ainsi : « Demain, le socialisme s’instaurera partout en Europe. » Les uns et les autres réclament un peu partout la suppression du prolétariat par l’élimination des « institutions » (sic) de lutte des classes (Déat), l’éradication du libéralisme par la mise en place de l’économie dirigée. » - p. 358 : « Il faut, selon Doriot [Président du PPF, Parti Populaire Français, parti collaborationniste], « faire de la France un pays totalitaire » fondé sur cinq principes : « Un Etat national, socialiste, impérialiste, européen, autoritaire. » Cet Etat totalitaire repose sur « l’idée de la communauté nationale [qui] exige la participation de toutes les classes sociales à la vie collective du pays. » - p. 357 : «  Cette vision socialisante de l’économie explique que se développe à Paris une équipe de collaborateurs relativement plus importante qu’on ne le croit ou qu’on ne l’a dit ; car, dans cet hiver 1940-1941, l’élément dominant de la collaboration française se situe bien plus à gauche qu’à droite, et ce socialisme collaborateur a des militants souvent recrutés… à la SFIO elle-même. » - p. 614 : « Comme les collaborationnistes de Paris, Laval récuse le Vichy de la Révolution nationale, son cléricalisme, son catholicisme social, son caractère technocratique, ses velléités monarchiques. Mais il récuse de la même manière le nazisme. Au fond il n’a pas cessé d’admirer Mussolini, ce socialiste du début du siècle comme lui, devenu chef d’un Etat autoritaire qui a permis de liquider chômage et désordre. Au fond, comme Déat, Doriot, Drieu La Rochelle, il sembla bien rêver d’un « socialisme fasciste » qui seul évitera la décadence à la France ! Ne parlera-t-il pas un jour, comme le rappelle Kupferman « d’une République neuve, plus forte, plus musclée » au point que « Je suis partout » [journal collaborationniste à Paris] l’appellera « le républicain musclé ». » - p. 669 : « Le 16 novembre 1942, dans « Le Petit Parisien » [un des principaux journaux de la IIIème République, de 1876 à 1944], Jacques Benoist-Méchin exige, en accord avec Doriot et Darnand, un gouvernement de salut public ! : « Après deux ans d’inaction, la nation peut mesurer toutes les conséquences du refus de choisir. Constamment, nous avons affirmé qu’à vouloir jouer sur plusieurs tableaux, nous perdrions sur tous. Aujourd’hui, les événements nous donnent affreusement raison. [Hitler a ordonné l’occupation de la zone « libre » le 11 novembre 1942, suite au débarquement anglo-saxon en Afrique du Nord.] Mais nous pouvons encore dire avec qui nous sommes et contre qui nous entendons lutter. Nous pouvons dire et enfin prouver si nous sommes avec les soldats du socialisme européen ou les mercenaires du capitalisme anglo-saxon. Les mots d’ordre actuels se résument ainsi : guerre, révolution, gouvernement de salut public. » - p. 748 (au moment du débarquement en Normandie, en juin 1944) : « Darnand, lui, s’engage et appelle la Milice au combat contre les maquis. (…) Miliciens français, debout, et nous sauverons le pays. Demain, l’orage sera passé, l’ordre rétabli. Nous ferons alors le compte des fidélités. Les traîtres et les défaillants seront châtiés comme ils le méritent. Avec les hommes fidèles, les miliciens feront la révolution socialiste qu’attend le peuple. »

En France, on peut affirmer sans crainte de se tromper que le socialisme a préféré se délester de son nom tant son influence était désormais ancrée dans toutes les strates dirigeantes ou influentes de la société, en passant par la fonction publique, l’éducation, la culture… et, bien évidemment, les médias. J’oserais affirmer ici que l’élection d’Emmanuel Macron en est l’émanation parfaite, et surtout la face émergée de l’iceberg socialiste qui abrite désormais de manière anonyme ses anciens thuriféraires (les « socialistes anonymes »…). Mais cela veut surtout dire qu’une élection ne peut pas à elle seule permettre un véritable changement de politique nationale, même si c’est une condition nécessaire, mais n’étant pas suffisante, il faudra en outre parvenir à convaincre tous les secteurs de la population ancrés de manière consciente ou non dans une traîne socialiste.

Pour reprendre notre fil conducteur, conscient de l’immensité du sujet, ne serait-ce que la seconde guerre mondiale en France, j’ai pris la mesure de mes limites et, si j’espère que cet article sera un peu plus qu’une simple note de lecture, j’ai voulu finalement relever ce qui mériterait de l’être, il me semble, dans un débat contradictoire plus approfondi pour que le grand public puisse découvrir en quoi le régime de Vichy l’a finalement effectivement protégé d’une emprise allemande qui aurait pu être encore plus cruelle comme en témoigne le sort qui fut réservé aux pays limitrophes (Belgique, Pays-Bas) ou plus lointains (Pologne,…).

Par ailleurs, et ce point me semble écarté, volontairement peut-être, ou en tout cas minimisé, la nature socialiste des principaux protagonistes de cette scène de guerre m’est apparue essentielle, même si elle n’en est pas exclusive, dans la compréhension de ce conflit mondial.

Je laisse à d’autres que moi le soin de porter plus loin le débat mais j’en ai retenu de manière schématique, et j’espère tout de même non simpliste, le point de départ suivant. Le rejet du capitalisme a en effet débouché avec l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (personnalisée par Lénine puis par Staline pour l’époque plus spécifiquement ciblée) d’une de ses premières formes la plus affirmée au début du XXième siècle - le bolchévisme pour ses détracteurs -, mais pas la seule comme chacun sait, ne citant qu’une autre de ses formes les plus symboliques avec le communisme chinois institué par Mao Tsé-toung.

Lorsque l’on analyse le national-socialisme porté par Hitler dans ses premiers balbutiements (la déclaration du 24 février 1920 du parti ouvrier allemand), c’est aussi là aussi le socialisme avec une forte composante collectiviste qui en ressort nettement. Une sorte de communisme nationaliste qui s’oppose frontalement au bolchévisme – communisme internationaliste -. Ce dernier revendiquait effectivement une ambition d’expansion internationale, alors que le pseudo communisme - collectivisme d’Etat - qu’exprime au fond le national-socialisme dans sa dimension économique notamment, incarnerait un nationalisme qui s’identifierait à celui qui en est le chef, le Führer (Ein Reich, Ein Volk, Ein Führer), mais qui se combinerait avec les nationalismes d’autres Etats.

Ce national-socialisme revendiqué en tant que tel par Hitler trouve sa source dans le courant socialiste qui irradie une partie de la vieille Europe confrontée à un capitalisme conquérant lequel, par la lutte des classes qu’il a enfantée, a généré des antagonismes irréductibles dans le peuple. Mussolini revendiquait fièrement lui aussi ce socialisme mâtiné de nationalisme, d’antiparlementarisme et surtout d’antibolchévisme.

(32) Le testament politique de Hitler – p. 72 : « La crise de 1930 ne fut qu’une crise de croissance, mais à l’échelle mondiale. Le libéralisme économique montrait qu’il n’était plus qu’une formule périmée. » (…) « C’est une justice à rendre au Troisième Reich qu’il n’a pas eu la nostalgie de ce passé aboli. Il s’est au contraire tourné résolument et courageusement vers l’avenir, vers la constitution de grands ensembles homogènes, vers une grande politique continentale. Or la vraie tradition des Américains est tout à fait semblable : ne pas se mêler des affaires des autres continents et interdire aux autres de se mêler des affaires du Nouveau Monde. »

Il m’est impossible d’aborder précisément les relations internationales précédant la guerre, et plus spécifiquement, la situation militaire de la France au moment de la déclaration de guerre tant le sujet est vaste, et m’a passionné d’ailleurs. Pour le dire en quelques mots, la situation économique des années 1920 et 1930 avait provoqué un rejet du capitalisme et en tout cas de ses conséquences sociales avec notamment l’émergence d’une lutte des classes exacerbée. L’antiparlementarisme avait atteint un sommet tant les crises en France et dans de nombreux pays européens semblaient mal gérées par les hommes politiques. Sur le continent européen, le spectre d’une contagion communiste avec le poids croissant de l’Union soviétique inquiétait d’autant plus que l’Espagne symbolisait la voie que pouvait prendre cette possible expansion communiste. Hitler et Mussolini se sont engouffrés dans la brèche, revendiquant cette lutte contre le communisme, cet antiparlementarisme et ces conflits sociaux pour prôner leur modèle de régime autoritaire fondé sur un parti unique afin de remettre de l’ordre et de rétablir une certaine justice sociale.

Sur le plan géopolitique, l’Angleterre jouait la carte de l’Allemagne, du fait des investissements financiers consentis dans ce pays, tout comme les Etats-Unis d’ailleurs, mais aussi fidèle à sa logique d’équilibre des forces sur le continent européen, et donc, d’une part, pour assurer une certaine maîtrise de la France et, d’autre part, afin de contenir l’expansion bolchévique. Ce n’est d’ailleurs que quand il apparaîtra évident que Hitler visait l’hégémonie européenne que l’Angleterre entrera en guerre, entraînant la France dans son sillage. Hitler qui, lui, ne rêvait pourtant que d’une paix avec l’Angleterre, dans une logique de partage avec elle : le continent européen, qu’il dominerait, et l’Angleterre qui conserverait toute liberté dans son empire britannique. Par contre, le voisin français représentait clairement à ses yeux cet ennemi héréditaire qu’il fallait maîtriser d’une manière ou d’une autre, avant (ou après ?) avoir conquis son espace vital à l’Est en repoussant le danger bolchévique au-delà de l’Oural.

Et si la France n’avait pas la puissance militaire que s’était constituée l’Allemagne à marche forcée dans les années 1930, c’est peu dire que les quelque 350 000 soldats envoyés en 1939/1940 sur le continent européen par l’Angleterre n’avaient aucune chance de pouvoir vraiment aider la France à stopper la déferlante allemande, d’autant plus que, comme chacun le sait à travers l’épisode célèbre de Dunkerque, les soldats anglais ont vite quitté le sol français face aux premiers succès allemands. Heureusement, l’Angleterre se rattrapera par la suite, notamment avec son allié américain, et son « allié » soviétique…

(34) Sur la scène internationale avec Hitler – p. 147 [en septembre 1939, propos rapportés de lord Vansittart, diplomate britannique, secrétaire permanent du Foreign Office de 1930 à 1938, opposé à la politique d’apaisement avec l’Allemagne] : « Nous sommes de nouveau en guerre parce que, depuis vingt ans, nous avons pris les Français pour des Allemands et les Allemands pour des Français. »

(5) Je brûlerai ma gloire – p. 67 : « En 1945, Mussolini veillera jalousement sur sa correspondance avec Churchill en 1940, y voyant un moyen de pression sur lui afin de sauver sa tête. Par ses intrigues et de fausses promesses au détriment de la France, le Premier ministre britannique aurait joué un rôle déterminant dans l’entrée en guerre de l’Italie. » (…) « Tous les documents saisis par les partisans communistes au moment de l’arrestation du Duce auraient été récupérés peu après par les services secrets anglais. »

(28) Hitler – p. 850 : « Mussolini avait laissé son épouse munie de documents, dont une lettre de Churchill, qui lui permettraient – espérait-il – de franchir la frontière avec leurs enfants. « Si on essaye de t’arrêter ou de te molester, recommandait-il, demande à être confiée aux Anglais. »

Après le choc inimaginable de la défaite française face aux Allemands qui se traduisit par un armistice salvateur pour éviter l’implosion du pays, ce dont même le Général de Gaulle avait bien conscience, le gouvernement de Vichy qui se mettra en place s’inscrira dans cette même filiation idéologique socialisante teintée de mille nuances selon les acteurs. Ainsi, dans la Déclaration préalable du gouvernement français (projet de protocole non public) joint au projet de pacte transitoire entre l’Allemagne, l’Italie et la France (projet public), le texte proposé à Hitler en 1941 par l’Amiral Darlan [vice-président du conseil du 23 février 1941 au 18 avril 1942, après le très court intermède de Pierre-Etienne Flandin], et signé avec Otto Abetz fin mai 1941, préconise-t-il la fin du libéralisme et la mise en œuvre du socialisme. (1). L’ensemble de ces protocoles (les Protocoles de Paris) ne sera pas ratifié par le Maréchal Pétain, notamment suite à l’intervention énergique du général Weygand sur la partie relative à l’Afrique du Nord …

(1) Histoire de Vichy (F.G. Dreyfus) – p. 785 (projet de protocole, non public, portant Déclaration préalable du gouvernement français, joint au projet, public, de pacte transitoire entre l’Allemagne, l’Italie et la France – mai 1941) : « Préalablement à la signature du présent protocole, le gouvernement français, agissant en pleine indépendance, fait la déclaration suivante concernant les grandes lignes de sa politique générale : 1° En matière intérieure, le gouvernement français poursuivra la Révolution nationale et instituera un ordre politique s’inspirant de ses traditions nationales et reposant sur un pouvoir autoritaire et socialiste à large assise populaire. 2° En matière extérieure, le gouvernement français s’associera aux gouvernements allemand et italien dans toutes les initiatives qu’ils prendront pour rétablir la paix et organiser l’Europe. 3° En matière militaire, le gouvernement français assurera immédiatement la défense des territoires placés sous la souveraineté française contre toute agression. (…) le gouvernement français entreprendra la conquête des territoires illégalement occupés par les forces britanniques (…). 4° En matière économique, (…) [le gouvernement français], renonçant au libéralisme et au cloisonnement douanier qui en est le corollaire, participera aux courants d’échanges de la communauté continentale. »

(1) Histoire de Vichy (F.G. Dreyfus) – p. 222 : « Enfin, si une certaine forme de socialisme et de syndicalisme se retrouve à Vichy, l’anticommunisme – élargi à tout ce qui semble devoir remettre en cause l’ordre établi et rappeler le Front populaire – est unanimement partagé. C’est l’un des plus solides ciments de la constellation pétainiste, conservatrice des structures libérales de l’économie, même s’il y a reniement du libéralisme au plan politique comme au plan économique et appel renforcé à l’autorité de l’Etat. »

(16) Le procès Laval p. 174 (Pierre Laval) : « Pour tout vous dire, j’avais connu l’amiral Darlan dans les couloirs du parlement parce qu’il a été souvent chef de cabinet et plus particulièrement celui de M. Leygues. Je savais que son père avait été ministre de la République. Je savais que lui-même avait des sentiments républicains ; il ne les cachait pas. Je savais qu’il marquait ses préférences pour certains hommes politiques de gauche, il ne les cachait pas non plus. »

(26) Les dreyfusards sous l’Occupation – p. 164 : « [François Darlan] Ses qualités de chef et ses talents d’organisateur, tout autant que le soutien du ministre de la Marine Georges Leygues, un vieux dreyfusard qui a bien connu son père, expliquent la rapidité de son ascension à la fin des années 1920 et au début des années 1930. Sa carrière fait alterner, à fréquences rapides, commandements sur mer et fonctions politico-administratives à Paris : il sera ainsi chef de cabinet de plusieurs ministres de la Marine, Georges Leygues, bien sûr, mais aussi, depuis février 1934, François Piétri. (…) La victoire du Front populaire, en juin 1936, le ramène à Paris. Le nouveau ministre de la Marine, Gasnier-Duparc, est un vieil ami qui le nomme, une fois de plus, directeur de cabinet. La rébellion d’Espagne, en juillet, lui donne l’occasion de se faire connaître et apprécié de Léon Blum. Il est en effet favorable aux républicains, et hostile aux nationalistes insurgés. (…) Cet épisode espagnol sera à l’origine de l’estime réciproque qui caractérisera désormais les relations entre Blum et Darlan. Il aura pour effet immédiat d’avantager Darlan dans la course au poste de chef d’état-major général de la marine (…) C’est lui qui est choisi par le gouvernement Blum, en octobre 1936. Qu’il doive sa promotion au Front populaire lui vaudra parfois d’être qualifié d’ « amiral rouge », ce dont il n’aura cure, bien qu’ « amiral républicain » eût certainement été plus approprié. La « confiante cordialité » qui l’unit à Léon Blum durera jusqu’en 1940. »

Pierre LAVAL lui-même, écarté par le Maréchal Pétain du pouvoir le 13 décembre 1940, mais de retour le 18 avril 1942, ne reniera pas son socialisme des origines (socialiste d’origine blanquiste plus précisément, comme le rappelle Maurice Privat) (22), en affirmant clairement son ambition de mettre en œuvre le socialisme en Europe, espérant ainsi ménager une place de premier plan à la France dans le concert des Nations dont la première place reviendrait bien évidemment à cette Allemagne victorieuse, et qu’il imagine encore victorieuse dans son entreprise guerrière engagée en mai 1941 face au bolchévisme.

(36) Histoire des institutions et des régimes politiques de 1789 à nos jours – p. 491 : « (…) les extrémistes inscrits au fameux « carnet B » (2 501 noms dont celui d’un certain Pierre Laval), pour être arrêtés immédiatement en cas de mobilisation [en 1914], sont laissés en liberté : que craindre d’eux ? »

(2) Histoire de Vichy (R. Aron) p. 509 : Laval déclare dans un discours radiodiffusé le 5 juin 1942 vouloir « construire le socialisme pour briser le chômage, les misères et les désordres » ; dans le sulfureux discours du 22 juin, Laval enchaîne « Je souhaite la victoire de l’Allemagne parce que, sans elle, le bolchévisme s’installerait partout » par « Cette guerre, je l’ai déjà dit, n’est pas une guerre comme les autres. C’est une révolution d’où doit surgir un monde nouveau. Vous n’avez rien à redouter mais tout à espérer du régime qui s’instituera chez nous. Une République plus jeune, plus humaine, plus forte, doit naître ; le socialisme s’instaurera partout en Europe, et la forme qu’il trouvera en France sera dessinée par notre caractère national » ; espoir déçu dès 1943 comme a tenté de l’exprimer Drieu la Rochelle dans un article de la NRF [Nouvelle Revue Française] : « Nous avons mis notre espoir, non pas dans l’Allemagne mais dans le socialisme hitlérien. Nous avons espéré en 1940 et en 1941 que le socialisme hitlérien, suscité par l’occasion merveilleuse qui s’offrait à lui, allait se renforcer et s’amplifier dans les deux directions d’une économie sociale européenne et d’une internationale des nationalismes. Mais la guerre en Russie a absorbé toutes les pensées, toutes les vertus, toutes les actions du mouvement hitlérien. Nous n’avons rien vu apparaître de ces mesures audacieuses, bouleversantes, transfigurantes, qu’en Français, habitués au coup d’œil universaliste, nous attendions ».

(17) Laval parle – p. 254 (déclaration à l’United press du 25 mai 1941) : « (…) Mais une République neuve, plus forte, plus musclée, plus réellement humaine, cette République nous la voulons et nous la construirons. Ceux qui dans mon pays peuvent rêver d’un retour en arrière se trompent. La France ne peut pas et ne veut pas reculer. Avec tous les grands Etats d’Europe, elle devra remplir deux tâches : bâtir la paix d’abord, et ensuite, pour briser le chômage, les misères et les désordres, construire le socialisme. » - p. 279 (Allocution aux maires du Cantal, le 9 novembre 1943, à Vichy) : « Toute ma vie, vous le savez a été un apostolat de la paix. J’ai été maire, député, sénateur, ministre souvent ; socialiste je l’ai été et je le suis resté au plus profond de mon cœur. »

Et que dire des leaders des deux principaux partis collaborationnistes, Marcel Déat (Rassemblement National Français) et Jacques Doriot (Parti Populaire Français) qui veulent aller encore plus loin dans cette collaboration avec l’Allemagne, reprochant à Laval d’être timoré en la matière. Marcel DEAT, issu du socialisme, indiquera clairement son objectif après la mise à l’écart de fait, appuyée par Hitler, fin 1943, du Maréchal Pétain, lors de son accession tant désirée et poussée par les Allemands, au gouvernement de Vichy, début 1944 : mettre en œuvre le socialisme. Et ce n’est pas Jacques Doriot qui l’aurait contredit, lui qui, revenu du communisme par antibolchévisme, s’inscrivait dans la même ligne de pensée tout en entretenant une certaine concurrence politique avec Déat.

(1) Histoire de Vichy (F.G. Dreyfus) – p. 263 ([Déat] conçoit avec Bergery et Château [dès le 11 juillet 1940] un Rassemblement pour la Révolution nationale, qui ultérieurement pourra évoluer vers la structure d’un parti unique). A ce projet semblent s’être ralliés les socialistes dissidents, des radicaux, des députés de droite, y compris des députés de l’Alliance démocratique, auxquels très vite s’ajoutent Doriot et le PPF. Pour Déat, cette tentative n’a rien d’antiparlementaire et est conforme au « socialisme vrai ». Mais on rejette les maurassiens, qui semblent très vite faire barrage à ce projet auquel Laval et Pétain s’opposèrent. Pour Déat, « seule une France résolument socialiste se relèvera et se regroupera… par un socialisme profondément national, d’esprit hautement communautaire… Le socialisme national appelait une hiérarchie, une discipline, mais il exigeait la justice et une vraie liberté.» En d’autres termes, ce que Déat souhaitait c’était un national-socialisme pur et dur, d’inspiration socialiste, profondément enraciné dans le sol de la patrie, en un mot le nazisme tel que l’avaient conçu les frères Strasser, Röhm et Heidegger (tous adversaires d’Hitler). (…) Si le parti unique ne se fait pas, on crée dès le 29 août 1940 la Légion Française des Combattants dont le nom Légion semble bien inspiré par l’Association américaine d’anciens combattants, l’American Legion. »

(15) Pétain, mon prisonnier – p. 58 (Marcel Déat vient d’être nommé au poste de ministre, secrétaire d’Etat au Travail et à la Solidarité Nationale du dernier gouvernement de Vichy, le 16 mars 1944) : « Le Maréchal m’a parlé ce soir de Déat. Il m’a déclaré que le jour où il était devenu ministre, il avait demandé à voir le Maréchal. Ce qui lui fut accordé. Déat présenta au Maréchal un écrit qu’il se proposait de lire au Conseil des ministres et dans lequel il faisait l’apologie du socialisme. A chaque page on y trouvait ce mot. Le Maréchal lui dit : « Je n’aime pas beaucoup ce mot, je préférerais que vous le remplaciez par le mot social. » Déat fut complètement dérouté par la réception que lui fit le Maréchal et ne lut pas son écrit. »

(2) Histoire de Vichy (R. Aron) p. 721 : Déat, réfugié en octobre 1944 à Sigmaringen, en Allemagne, crée un « Centre syndicaliste de propagande, qui doit recruter les cadres du futur Etat syndicaliste et socialiste, dont il a toujours rêvé ». Quant à Doriot, Hitler le reçoit et le charge en décembre 1944 de former « un gouvernement de collaboration franco-allemande ».

(5) Je brûlerai ma gloire p. 601 : « (…) en ce mois de septembre 1943, Déat, Darnand, Luchaire, Guibaud remettent à Laval et Otto Abetz un Plan national de redressement français. Pour eux, « il n’est pas de redressement français possible en dehors d’une Europe libérée par la victoire allemande » à laquelle la France se doit de contribuer. Or « l’Etat est en désagrégation ». Ils entendent donc s’en saisir et le reconstruire en s’appuyant sur un parti unique national-socialiste et une Milice de 50 000 hommes, « pépinière des cadres administratifs et politiques. » 

La complexité des luttes de pouvoir au sein de Vichy est mise en valeur par Simon Epstein qui a notamment magistralement démontré dans « Un paradoxe français » le nombre significatif d’hommes venus de la Gauche dans le gouvernement de Vichy, en tant que ministres, hauts fonctionnaires ou représentants de l’Etat, … Paradoxalement, Simon Epstein a identifié un nombre important d’hommes issus de l’extrême droite dans les premiers mouvements de résistance, et singulièrement parmi les premiers hommes ayant rejoint à Londres le Général de Gaulle.

(25) Un paradoxe français – p. 93 : « Il [Paul Faure, après la guerre] sera actif, avec Flandin et Marchandeau, dans les regroupements d’anciens parlementaires pétainistes. Il animera un Parti socialiste démocratique où se retrouveront des militants exclus de la SFIO pour faits de collaboration. » - p. 98 : « (…) Sur dix-sept ministres socialistes qui seront encore en vie à la Libération, douze seront exclus de leur parti au vu de leur comportement pendant la guerre. Ce fait, pourtant significatif, sera assez fréquemment passé sous silence par les historiens du Front populaire. » - p. 200 (Marcel DEAT, ancien SFIO, président du Rassemblement National Populaire) : « [en octobre 1941], le parti de DEAT est alors réorganisé sur une base idéologique homogène, éliminant de ses rangs les éléments cagoulards et droitiers, et réservant les postes de responsabilité à des ex-militants socialistes ou syndicalistes. Une impitoyable rivalité oppose Déat à Doriot et au PPF. Déat regroupe en septembre 1942 le RNP, les Francistes de Marcel Bucard, le Comité d’action antibolchévique de Paul Chack et le Mouvement socialiste révolutionnaire de Deloncle en un Front Révolutionnaire National (FRN), lequel connaîtra d’ailleurs peu de succès. Partisan d’une collaboration à outrance, Déat reste globalement hostile à Vichy, auquel il reproche son archaïsme réactionnaire, à l’intérieur, et sa timidité attentiste, à l’extérieur. » - p. 227 (Jacques DORIOT, exclu du parti communiste en 1934 par refus de l’Internationale communiste, fonde en 1936 le Parti Populaire Français) : « Sa rivalité avec Marcel Déat, pendant toute la période, résiste à toute tentative de rapprochement. Tous deux, l’intellectuel socialiste et le tribun prolétarien, font surenchère de fidélité à l’Allemagne et au Führer. Prétendant l’un et l’autre au leadership du collaborationnisme parisien, ils figurent deux modèles d’adaptation du national-socialisme aux réalités françaises. Darnand et sa Milice, en 1943, porteront ombrage aux prétentions hégémoniques de Doriot et du PPF. – p. 230 : «  (…) les anciens communistes sont dominants dans l’appareil et la direction du PPF, autant que les anciens socialistes le sont au RNP de Marcel Déat, après le départ de Deloncle et ses hommes. »

On ne s’étendra pas sur la trajectoire sinueuse du parti communiste, inféodé à l’époque à l’Union soviétique (voire jusque dans les années 1980 cela dit…), avec un pacifisme poussé avant la guerre et au début de la guerre jusqu’aux actes de sabotage perpétrés dans les usines d’armement notamment, et une attitude, affichée comme telle même si non partagée par tous, favorable aux Allemands conformément au traité germano-soviétique signé le 23 août 1939. Mais sans oublier heureusement le revirement opéré suite à l’invasion de la Russie par les Allemands le 22 mai 1941 (opération Barbarossa) débouchant alors sur une Résistance dont, cependant, le caractère sanglant des premiers temps heurtait la ligne stratégique que s’était fixée le général de Gaulle pour tisser sa toile afin de pouvoir mener à terme la reconquête de la France en son temps (Déclaration du 23 octobre 1941). Mais c’est une autre histoire, fort complexe là encore…

(22) Pierre Laval, cet inconnu – p. 75 : « Pierre Laval reprit la politique à laquelle il s’était associé dans les Conseils. Il s’agissait d’encercler l’Allemagne, non plus sur le papier, mais dans les faits. D’où son voyage à Moscou. Il vit Staline et signa avec lui un accord militaire [en 1935]. (…) Il obtint du futur Maréchal, déjà le « père des peuples », que le parti communiste, en France, ne saboterait plus la défense nationale. »

(24) Le Procès de Riom – p. 750 (Intervention de Léon Blum) : « Mais le pacte d’Unité d’action [entre le Parti communiste et le Parti Socialiste – signé fin 1935] et la coalition du Front populaire n’ont été conclus qu’après une certaine date, après la date où M. Laval, ministre des Affaires étrangères du cabinet Flandin, était parti pour la Russie, avait signé un pacte avec M. Staline et où M. Staline, par une manifestation publique et retentissante, avait approuvé, avalisé, les efforts qui étaient faits en France pour augmenter la puissance défensive du pays. Ce n’est qu’après cette déclaration, après que les communistes, conformément à la déclaration de Staline, eurent abandonné en matière de défense nationale, la position dite de défaitisme révolutionnaire que Thorez affirmait encore contre moi à la tribune dans le débat du 15 mars 1935, ce n’est qu’après qu’ils eurent renoncé explicitement à leur campagne autonomiste en Alsace-Lorraine, c’est seulement après cela, qu’ont pu être conclus d’une part, le pacte d’unité d’action et, d’autre part, la coalition du Front populaire. »

(2) Histoire de Vichy (R. Aron) p. 273 (en 1940) : « Il n’est pas jusqu’aux communistes qui ne fréquentent l’ambassade de la rue de Lille, cherchant à obtenir que l’Humanité reparaisse ouvertement. En attendant, ils invitent dans l’Humanité clandestine, les ouvriers français à fraterniser avec les soldats allemands… » ; p. 403 : « Dans un manifeste de mai 1941, le parti communiste recommandait, à côté de l’amitié traditionnelle avec l’URSS « l’établissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l’action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l’occupation du bassin de la Ruhr, contre l’oppression du peuple par un autre peuple ». 

(24) Procès de Riom – p. 1019 (Lettre de Léon Blum au général de Gaulle du 15 mars 1943) : « Ou bien mes camarades [socialistes] seront conduits à suivre l’exemple communiste, c’est-à-dire de créer à leur tour des groupes d’action socialiste, dans lesquels seraient versés au fur et à mesure de leur constitution, ceux de nos hommes qui participent aujourd’hui aux diverses organisations de résistance (…). Ou bien l’accord de commandement passé entre les organisations de résistance et le parti communiste aboutira à une fusion complète, englobant tous ces éléments – organisations socialistes qui y resteraient inclus, groupes d’action communistes – dans une formation unique et homogène. C’est la solution qui me paraît, non seulement la meilleure, mais la seule bonne, et votre autorité de chef doit pouvoir la prescrire. » (…) « L’Etat soviétique acceptera-t-il de s’intégrer dans la communauté internationale, ce qui implique qu’il renoncera à agir désormais sur la vie interne des autres Etats ; le parti communiste acceptera-t-il de s’intégrer dans l’Unité française, ce qui implique qu’il cessera désormais de subordonner sa conduite aux mots d’ordre impératifs d’un Etat étranger [l’Etat soviétique] ? Ces deux questions d’ailleurs n’en font qu’une, car pour obtenir la transformation substantielle des rapports de dépendance passive qui ont soumis jusqu’à présent le parti communiste à l’Etat soviétique, c’est évidemment sur l’Etat soviétique qu’il faut exercer une action directe. C’est dans cette pensée qu’en vous adressant ma première note j’insistais d’une façon si pressante pour que vous entriez en relation directe avec Moscou. »

Ainsi que je l’ai évoqué, au risque de heurter certains, et en premier lieu ceux qui ont eu à subir de plein fouet le choc des déportations, j’ai pu constater à quel point l’architecture étatique du régime de Vichy avait constitué un bouclier pour les Français, que l’on personnalise ou non ce bouclier sous les traits du Maréchal Pétain (dans ses Discours, le fil directeur d’une imprégnation chrétienne de la société me semble finalement être le trait dominant d’une pensée politique plus pragmatique que théorique – je me demande si son modèle ne serait pas à rechercher du côté du colonel de La Rocque pour le fond de ses idées politiques – et traduisant peu ou prou sa formation militaire pour mettre de l’ordre dans le pays au-delà des clivages politiques). Le sujet étant sensible et éminemment douloureux pour les Juifs, je me réfère ici aux livres remarquables de Robert Aron (2), de Herbert R. Lottman (9) et de François-Georges Dreyfus (1).

L’antisémitisme pratiqué par le gouvernement de Vichy est impardonnable mais, même si cela demande un effort de retour vers le passé, il faut parvenir à la resituer dans ce contexte d’antiparlementarisme et de rejet global des élites qui a touché bien sûr les Juifs, accusés d’occuper de trop nombreux postes dans de trop nombreux secteurs, et de manière trop visible selon les nouveaux gouvernants, mais qui a visé également les Francs-maçons pour les mêmes raisons exactement. Souvenons-nous que l’époque se prêtait à des politiques qui nous semblent aujourd’hui d’une brutalité inouïe mais qui pouvaient avoir cours en ce temps-là, comme l’atteste à la fin du XIXème siècle et au début du XXième siècle le mouvement de lutte puis de rejet de l’emprise chrétienne, et singulièrement catholique, dans le secteur de l’enseignement.

Il est clair que le statut des Juifs institué par le gouvernement de Vichy faisait suite à l’ordonnance publiée dès le mois de juillet 1940 par les Allemands et aux attentes formulées par les Occupants avec une « collaboration » de la part des autorités françaises qui résultait du texte même du traité d’armistice. Mais il n’en est pas moins clair que cela allait dans le sens du nouvel accent imprimé par le gouvernement de Vichy et que Pétain a personnellement appuyé, en particulier dans le domaine de l’enseignement car il attribuait notamment aux instituteurs la perte d’entrain patriotique des jeunes Français. Le débat sur cette question n’est pas clos, loin de là, mais il doit permettre d’entendre chacune des parties pour mieux apprécier le contexte de ces mesures qui demeurent évidemment liberticides, infamantes et inadmissibles, nous ne le répéterons jamais assez.

De même, là encore en effleurant le sujet, il faut entendre comme je l’ai fait les arguments de ceux qui ont procédé aux rafles des Juifs en 1942, que ce soit Bousquet ou Laval. Et une fois encore se replacer dans ce contexte où, surtout à partir de 1942, et du durcissement très net opéré par les Allemands vis-à-vis de la France, les contorsions d’un Laval pour exécuter les directives de l’Occupant, en trouvant tous les moyens d’en amoindrir les effets, sont expliquées et justifiées par lui-même afin d’éviter une situation qui serait bien pire sans cela. Même si cela choque, et je comprends très bien que cela puisse choquer, prendre le parti de garder la maîtrise de la situation à travers l’attribution des opérations à la police française et négocier avec les Allemands que ce ne soit pas tous les Juifs, comme ils le demandaient, mais seulement les Juifs étrangers ou apatrides qui soient visés dans le cadre de cette déportation n’est certes pas conforme à la morale mais peut avoir du sens face à une autorité occupante, pour autant que l’on veuille bien tenter de revivre la mécanique décisionnelle de l’époque. N’oublions pas que les camps d’internement de Juifs étrangers existaient dès 1939 en France, que nous avions nous-mêmes plus d’un million de soldats français dans des camps de prisonniers et que les Allemands avançaient comme argument l’idée du regroupement des Juifs dans des camps en Pologne en vue de la constitution d’un Etat juif, selon la thèse défendue par Laval en tout cas … Là encore, le débat est ouvert et, de toute façon, jamais rien ne nous permettra de regarder cette situation sans une immense amertume compte tenu de la terrible réalité qui sera ensuite découverte.

Finalement, que ce soit Pétain, ou que ce soit l’Amiral Darlan, ou que ce soit Laval, on sent bien que l’ivresse du pouvoir a formaté leurs opinions et leurs actes au fond d’eux-mêmes. Et, pour être tout à fait honnête, bien que me rattachant à une filiation politique gaullienne, j’ai choisi également certaines citations qui montrent que de Gaulle avait aussi son propre agenda qui ne relevait pas seulement de la défense de la France mais très certainement d’une ambition personnelle, ce qui n’a rien d’illégitime en soit cela dit. N’est-ce pas ainsi la marque de la nature humaine… A chacun de faire la part des choses. Finalement, je me demande, en s’en tenant à une approche plus individualiste des événements et à la noblesse de l’engagement, si les actes de bravoure totalement désintéressés réalisés par des Français pour faire passer par exemple la ligne de démarcation, réceptionner des armes, héberger des soldats anglais, … ne sont pas le témoignage le plus fort et le plus limpide du dévouement pour son pays.

(36) Pape Léon XIII (1810-1903) (Encyclique Rerum novarum du 15 mai 1891 – texte inaugural de la doctrine sociale de l’Eglise catholique) – p. 389 : « Dans ce texte célèbre, Léon XIII repoussait aussi bien le libéralisme économique, trop favorable aux classes riches, que le matérialisme marxiste et la lutte des classes. Il admettait que l’intervention de l’Etat, providence des travailleurs, était souhaitable sous forme de législation sociale ; mais il avertissait qu’il n’était pas bon de tout attendre de l’Etat ; il conseillait aux travailleurs de s’organiser eux-mêmes. C’était ici le germe de l’action syndicale chrétienne, destinée à un important avenir. »

(9) Pétain – p. 195 : « Les Croix-de-Feu rejetaient tant le capitalisme que le communisme, mais aussi le fascisme et le nazisme, ils réclamaient l’ordre moral, méprisaient les partis politiques existants, en raison de leur optique intéressée, leur manque de discipline et (en ce qui concernait les radicaux-socialistes) leurs liens avec les Francs-maçons. Sur un plan plus positif, le programme visait la justice sociale, la limitation du capital, la coopération de l’industrie au sein d’une « profession organisée », la réforme de l’enseignement afin de protéger les croyances religieuses. (…) Lorsque, après avoir été interdit, le mouvement des Croix-de-Feu renaquit de ses cendres sous le nom de Parti Social Français, il lança un nouveau slogan : « Travail, Famille, Patrie » que Pétain devait se rappeler lorsque vint le moment d’établir les principes de son propre régime. » - p. 354 (évoquant René GILLOUIN, conseiller du Maréchal Pétain durant les premiers mois de Vichy, à propos de Maurras) : « (…) le Maréchal, s’il n’avait plus besoin, comme avant la guerre, de ménager sa réputation d’homme « de gauche », de républicain, ne souhaitait pas non plus passer pour un homme de droite, et surtout pas d’extrême droite. Et puis la violence du style si polémique de Maurras le dérangeait. » - p. 554 (citant le témoignage de Paul Raynaud au procès Pétain) : « Il faut faire un grand effort d’imagination, aujourd’hui, pour réaliser ce qu’était le Maréchal Pétain en mai 1940, car, dans cette affaire, nous sommes tous coupables, nous avons tous travailler à le diviniser (…). Il passait pour un homme de gauche parce qu’il était l’homme de la défensive et que la défensive était de gauche. » - p. 356 (évoquant les mémoires de Moulin de Labarthète) : « (…) Et pourtant, à l’encontre des autres généraux de la Première guerre mondiale, c’était un « maréchal républicain ». Cependant, si Pétain était resté républicain quant aux principes, après son expérience ministérielle des années trente, il était devenu « antiparlementaire ». « L’autorité vient d’en haut », répétait-il à du Moulin. Pourtant, il n’avait jamais adhéré à aucune des factions politiques de l’entre-deux-guerres, pas plus à Action française qu’aux mouvements de Doriot, La Rocque ou même aux actions d’autodéfense de Loustaunau-Lacau. » - p.514 : « (…) le Maréchal dressa un réquisitoire véhément et sans précédent contre la Milice, dans une lettre du 6 août [1944], adressée à Laval, chef du gouvernement. (…) Ce fut Darnand lui-même qui répondit, résumant ainsi la teneur de sa lettre : « Pendant quatre ans, j’ai reçu vos compliments, vos félicitations. Vous m’avez encouragé. Et aujourd’hui, parce que les Américains sont aux portes de Paris, vous commencez à me dire que je vais être la tache de l’Histoire de France ? On aurait pu s’y prendre plus tôt. »

(20) Les derniers propos de Pierre Laval – p. 79 : « Le Maréchal n’aimait pas la République. Et par-dessus le marché, il avait un entourage qui ne l’aimait pas beaucoup non plus. Cet entourage, ce n’est tout de même pas moi qui le lui ai donné… Il y avait autour de Pétain, naturellement, des militaires. Vous savez ce que j’en pense. (…) Il y avait aussi autour de lui toute une équipe cléricalo-réactionnaire, qui comptait beaucoup de fils à papa, peut-être agréables dans les salons, mais qui se faisaient des idées singulières sur la façon de gouverner. Il y avait aussi des cagoulards. Ce n’était pas moi qui avais amené à Pétain tous ces gens-là. Il y avait même des personnages qui n’étaient pas tout à fait désintéressés. Il y avait aussi des gens d’Action Française. Ce n’est tout de même pas moi qui suis allé chercher Maurras pour en faire un des conseillers les plus écoutés du Maréchal. Je ne dis pas cela parce que Maurras était anti-allemand (…) mais je le dis parce qu’il n’était pas précisément républicain. (…) Pour être juste, je dois dire qu’à la fin certains d’entre eux, surtout parmi les nouveaux ont mieux compris mon action, et m’ont même aidé. Mais même parmi les anciens collaborateurs du Maréchal, et les plus intimes, il y en a qui ont fini par me rendre justice. (…) Tout ce que je vous dis là, c’est pour vous montrer dans quel climat j’étais obligé de travailler. »

(10) Discours aux Français de Philippe Pétain – p. 70 ( Message du 11 juillet 1940) : « Le travail des Français est la ressource suprême de la patrie. Le capitalisme international et le socialisme international qui l’ont exploité et dégradé font également partie de l’avant-guerre. Ils ont été d’autant plus funestes que, [s’opposant l’un et l’autre] en apparence, ils se ménageaient en secret. Nous ne souffrirons plus leur ténébreuse alliance. Nous supprimerons dans un ordre nouveau, fondé sur la justice, les dissensions dans la cité. Nous ne les admettrons pas à l’intérieur des usines et des fermes. Pour notre société dévoyée, l’argent trop souvent serviteur et instrument du mensonge, était un moyen de domination. Nous ne renonçons ni au moteur puissant qu’est le profit, ni aux réserves que l’épargne accumule. Mais la faveur ne distribuera plus de prébendes. Le gain restera la récompense du labeur et du risque. Dans la France refaite, l’argent ne sera que le salaire de l’effort. » - p. 356 (article publié dans la Revue des deux mondes en septembre 1940) : Conçue suivant ces principes, la nouvelle organisation sociale ne sera pas un « Libéralisme » (…). Elle ne sera pas un « Socialisme » (…). Elle ne sera pas non plus un « Capitalisme » (…). Une des grandes nouveautés du christianisme a été d’apprendre à l’homme à accepter librement la nécessité du travail, et à conférer au travail le plus humble une valeur spirituelle. Nous aspirons de toute notre âme à restaurer cette valeur-là, qui repose en définitive sur le respect de la personne humaine. » - p. 104 (Message du 29 décembre 1940) : « Comprenez bien mes jeunes amis, que cet individualisme dont nous nous vantions comme d’un privilège est à l’origine des maux dont nous avons failli périr. » (…) « Seul le don de soi donne son sens à la vie individuelle en la rattachant à quelque chose qui la dépasse, qui l’élargit et la magnifie. Pour conquérir tout ce que la vie comporte de bonheur et de sécurité, chaque Français doit commencer par s’oublier lui-même. » - p. 113 (Discours du 1er mars 1941) : « Patrons, parmi vous, beaucoup ont une part de responsabilité dans la lutte des classes. Votre égoïsme et votre incompréhension de la condition prolétarienne ont été trop souvent les meilleurs auxiliaires du communisme. » - p. 129 (Discours du 1er mai 1941) : « Cet ordre nouveau, en quoi consiste-t-il ? Abandonnant tout ensemble le principe de l’individu isolé en face de l’Etat et la pratique des coalitions ouvrières et patronales dressées les unes contre les autres, il institue des groupements comprenant tous les membres d’un même métier, patrons, techniciens et ouvriers. Le centre du groupement n’est donc pas la classe sociale, patronale ou ouvrière, mais l’intérêt commun de tous ceux qui participent à une même entreprise. » (…) « Lorsque dans chaque entreprise, ou dans chaque groupe d’entreprises, patrons, techniciens, ouvriers, auront pris l’habitude de se réunir pour gérer en commun les intérêts de leur profession, pour administrer en commun leurs œuvres sociales (…), il ne tardera pas à se créer entre eux une solidarité d’intérêts et une fraternité de sentiments indestructible. » - p. 214 (Message du 1er janvier 1942) : Mais pour être nationale, notre révolution doit être d’abord sociale. Je ne veux pas pour mon pays ni du marxisme ni du capitalisme libéral. L’ordre qui doit y être instaurer ne saurait être qu’un ordre sévère, exigeant de tous les mêmes disciplines, fondé sur la prééminence du travail, la hiérarchie des valeurs, le sens des responsabilités, le respect de la justice, la confiance mutuelle au sein de la profession. Seul l’appui total donné à mon action par les masses ouvrières et paysannes, dotées aujourd’hui, les unes de leur charte, les autres de leur corporation, assurera la victoire de cet ordre nouveau. » 

(19) Les discours de Pierre Laval – p. 16 (Discours du 20 avril 1942) : « Dans la nouvelle Europe, c’est le socialisme qui prévaudra, un socialisme qui tiendra compte du caractère national et des aspirations de chaque peuple. » - p. 100 (Discours du 10 août 1943) : « Quand j’étais jeune, j’étais socialiste, et je le suis resté par surcroît, parce que c’est dans ma nature. » - p. 124 (Discours du 9 novembre 1943) : « (…) je voudrais agir de telle sorte que l’Allemagne ne soit pas trop forte pour nous étreindre, mais de telle façon que le bolchévisme ne puisse pas, lui, nous supprimer. »

(15) Pétain, mon prisonnier – p. 99 (à propos du referendum du 5 mai 1946 sur le projet de Constitution) : « Du Maréchal : « Je suis pour le « oui » du moment que les socialistes en sont partisans. Blum, pour moi, est l’homme le plus qualifié de France pour prendre la direction du gouvernement. D’ailleurs, pour moi, il a toujours été très gentil. Il n’a même pas essayé de m’égratigner au procès et, à mon départ en Espagne [comme ambassadeur de France en 1939], il a déclaré que c’était malheureux de confier une mission pareille à notre maréchal, le plus humain que nous ayons jamais eu. »

Dans les trois épais volumes de « La vie de la France sous l’Occupation » (6), l’ensemble des politiques menées et leur bilan est décrit avec précision et, même s’il s’agit du témoignage des protagonistes qui assurent ainsi leur propre défense en l’espèce, cela peut donner lieu à débat mais ne peut en aucun cas être écarté d’un revers de main. Un certain nombre de réformes engagées par le Gouvernement de Vichy seront d’ailleurs conservées à la Libération, sans parler du projet de constitution porté par Pétain dont on peut retrouver l’armature dans celle de la Vème République, en tout cas dans une certaine mesure.

Pour analyser cette période historique, comme je l’ai déjà dit, il faut accepter de se replacer dans la réalité de l’époque. En 1940, la victoire de l’Allemagne dans un contexte européen d’effacement de l’Angleterre – temporaire en tout cas - et d’alliance avec l’Union soviétique (traité germano-soviétique), mais aussi de neutralité des Etats-Unis qui n’ont pas franchi le pas d’une entrée en guerre à ce moment-là, laisse un paysage géopolitique clairement sous la domination de l’Allemagne. Après les nombreux ouvrages lus sur Pétain et sur Laval, je pense qu’effectivement ils pensaient vraiment œuvrer pour le bien de la France et des Français, avec des motivations sans doute différentes. Pétain, en tant que militaire, voulait remettre de l’ordre dans le pays et retrouver les valeurs fondatrices de notre civilisation (Travail, Famille, Patrie) en tentant d’éradiquer la lutte des classes, notamment par une concertation institutionnalisée entre les patrons, les employés et les ouvriers (la « Révolution nationale », ou le « Redressement national », formule qui lui semblait mieux adaptée semble-t-il). Laval, quant à lui, ambitionnait de replacer la France en bonne position dans cette Europe socialiste qui se dessinait alors selon lui, quitte à jouer la carte de la collaboration totale avec l’Allemagne, au-delà même de la collaboration administrative en quelque sorte qui était stipulée formellement par le Traité d’Armistice.

(2) Histoire de Vichy (R. Aron) - p. 153 (liste des noms précisée pour le vote contre et les abstentions) : Vote du 10 juillet 1940 de l’Assemblée Nationale (Chambre des députés et Sénat réunis ; députés élus en 1936 [Front populaire] et sénateurs élus en 1932, 1935 et 1938 – trois séries [très forte majorité de gauche, radicale-socialiste notamment] – les 60 députés communistes et le sénateur communiste qui ont refusé de condamner le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 ont été déchus de leur mandat en janvier 1940) : 569 voix pour, 80 contre et 17 abstentions : 23 sénateurs contre, dont 14 Gauche démocratique et 7 SFIO ; 57 députés contre, dont 29 SFIO, 13 radicaux-socialistes, 6 Gauche indépendante ou apparentés et 2 Alliance des Républicains de gauche et des radicaux-indépendants.

(9) Pétain – p. 573 : « Gilbert Renault, le responsable du principal réseau de renseignement de la France libre, sous le pseudonyme de Rémy [colonel Rémy], raconte qu’il parla du Maréchal à de Gaulle, un soir après le dîner, et que celui-ci lui confia, en lui prenant le bras : « Voyez-vous, Rémy ! Il faut que la France ait toujours deux cordes à son arc. En juin 1940, il lui fallait la corde Pétain, aussi bien que la corde de Gaulle. » Et il exprima son profond étonnement que Pétain ne fût pas parti pour l’Algérie en novembre 1942, car s’il l’avait fait, les Français d’Afrique du Nord et les Alliés l’auraient accueilli à bras ouverts « et nous, mon pauvre Rémy, n’aurions pas pesé bien lourd dans la balance ! Le Maréchal serait rentré à Paris sur son cheval blanc. » Cette remarque, a révélé Renault, l’amena à reconsidérer sa propre position et à rompre avec de Gaulle pour épouser la cause du Maréchal. » - p. 549 (citant l’article de François Mauriac publié dans Le Figaro au moment du procès Pétain) : « Pétain n’avait pas conçu une politique, il était son aboutissement : « Mais nous serions des hypocrites si, avant de mêler nos voix à toutes celles qui l’accusent, chacun de nous ne se demandait : qu’ai-je dit, qu’ai-je écrit ou pensé au moment de Munich ? De quel cœur ai-je accueilli l’armistice ? » Les Français avaient mérité Pétain, mais ils avaient aussi mérité de Gaulle : l’esprit d’abandon tout comme l’esprit de résistance « se sont incarnés parmi les Français (…). Ne reculons pas devant cette pensée qu’une part de nous-mêmes fut peut-être complice, à certaines heures, de ce vieillard foudroyé. »

(15) Pétain, mon prisonnier – p.379 (lettre du 17 avril 1950 de Gilbert Renault, dit Rémy) : « C’est l’émotion profonde que je ressens qui me conduit aujourd’hui à vous écrire. Je vous ai, ce matin, formulé mes excuses par la voie de presse. Mais je tiens aussi à vous les adresser personnellement, en soldat qui salue un de ses chefs, dont il a mis trop longtemps à comprendre qu’il lui avait donné le plus parfait exemple d’abnégation. Je veux maintenant continuer tous mes efforts à faire en sorte que vous revoyiez, encore une fois, ces Français que vous avez tant aimés et qui ne vous ont pas compris. »

(27) La désinformation autour du régime de Vichy – p. 40 : « Le général de Gaulle, lui-même, dira au général d’aviation Odic, au début de 1942 : « N’avouez jamais que l’armistice ne pouvait pas être évité. »

Evidemment, sans pouvoir développer trop longuement, les aléas de la situation militaire feront évoluer chacun des protagonistes dans leurs positions respectives et, nous l’avons vu, si Pétain et Laval tenteront de préserver la France et les Français dans une indépendance toute relative, d’autres acteurs de la vie politique, Déat et Doriot plus particulièrement, envisageaient clairement une entrée en guerre de la France aux côtés de l’Allemagne et ce, il faut leur accorder cela, jusqu’au dernier stade de la défaite allemande qui se profilait de plus en plus clairement au début de l’année 1945.

L’entrée en guerre de l’Allemagne contre la Russie en mai 1941, le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942 entraînant l’occupation en France de la zone libre par les Allemands, puis les revers de l’Armée allemande sur le front de l’Est et enfin les reconquêtes, notamment avec le débarquement de juin 1944 sur les côtes normandes, ont contribué, comme cela a déjà été dit, à moduler les positions des uns et des autres (pour l’Union soviétique, plus de dix millions de militaires et plus de 15 millions de civils sont morts pendant la guerre, ce qui en termes de pourcentage de la population la place même au-delà de l’Allemagne, selon le tableau des pertes humaines publié sur wikipedia, la Pologne ayant payé le plus lourd tribut selon ce critère de par le poids des pertes civiles) (37). Même si je ne sous-estime pas, loin de là, les critiques qui restent entières et fondées sur un certain nombre d’aspects de la politique menée par le gouvernement de Vichy, je crois sincèrement qu’à travers ce jeu ambigu pratiqué vis-à-vis des Allemands et dans cette vaste confusion des esprits, les Français ont tout de même été préservés, de manière générale encore une fois, sans aller jusqu’à dire en valeur absolue.

« Le Maréchal NEIN » (« Le Maréchal NON) - le Maréchal Pétain - et Laval - le traître - selon les expressions de l’entourage de Hitler, étaient maintenus au pouvoir car, si Hitler escomptait au tout début, sans trop y croire vraiment, une entrée en guerre de la France au sein de l’Axe, il s’était rapidement résolu à constater le double jeu de Vichy mais, comme il le rapporte dans ses Propos intimes et politiques (31), il ne souhaitait pas un soulèvement en France ce qui lui aurait compliqué singulièrement la situation (par ailleurs, on peut lire dans ces mêmes Propos qu’il envisageait clairement de dépecer la France, non seulement l’Alsace-Lorraine, mais le Nord et même les côtes de la Manche, sans compter le sud offert à la voracité de l’Italie, voire de l’Espagne, ainsi que les colonies françaises…). La mise en place d’un gauleiter allemand pour administrer la France aurait surtout signifié un engagement de forces militaires plus important alors que ce qui importait pour Hitler, c’était finalement d’avoir une certaine tranquillité à l’Ouest et de profiter de la ponction financière considérable imposée chaque mois à la France ainsi que de la production des usines françaises dont l’Allemagne profitait (abusait) largement.

Vichy de son côté assumait ce double jeu avec l’Allemagne d’autant plus que les liens secrets tissés avec l’Angleterre et les Etats-Unis étaient solidement maintenus et qu’en sous-terrain se préparait le passage à l’action avec, par exemple, la mise à l’abri de matériels militaires dès juin 1940 en zone libre (ainsi que la constitution de l’ORA, l’Organisation de la Résistance Armée par les officiers français) et en Afrique du Nord. Le travail considérable du Général Weygand en Afrique du Nord, relayé à partir de 1941 par le Général JUIN, permettra là-aussi de préparer les forces françaises qui se lanceront dans la bataille au moment opportun.

Finalement, je confirme donc effectivement que, à mon sens, le régime de Vichy a bien constitué un bouclier pour les Français, et que le Général de Gaulle, avec la Résistance, a bien aussi symbolisé et représenté cette épée qui a permis à la France de retrouver sa place au niveau international, mais aussi sans doute d’éviter une guerre civile en maîtrisant les velléités de prise de pouvoir par les communistes à la Libération.

(27) La désinformation autour du régime de Vichy – p. 252 : « On peut donc estimer le nombre de Juifs de France morts du fait des nazis à 77 000 dont 22 000 de nationalité française et 55 000 étrangers ou apatrides. Serge Klarsfeld évalue la population juive de France en 1940 à 330 000 personnes, dont 195 000 de nationalité française et 135 000 étrangers ou apatrides.(…) Notons d’abord, s’agissant du pourcentage général de 23,3% de morts [en France], qu’il est très inférieur à ceux des Juifs morts dans tous les autres pays occupés par les Allemands qui ont été d’environ 41% en Belgique (38,5% pour Raul Hilberg, 44,4% pour Léon Poliakov), 50% en Hongrie et plus de 80% aux Pays-Bas, en Yougoslavie, en Grèce, en Tchécoslovaquie et en Pologne. Seul le Danemark, ayant conservé son roi et son gouvernement pendant l’occupation allemande, a réussi à sauver la plus grande partie de ses Juifs, d’ailleurs en assez faible nombre : seuls 7% des 7 000 Juifs danois furent victimes des nazis. Remarquons que ce pourcentage est assez proche de celui des Juifs de nationalité française assassinés par les nazis, soit environ 11,3%. »

(12) Le procès du Maréchal Pétain - p. 1116 : « Messieurs les Juges, ma vie et ma liberté sont entre vos mains, mais mon honneur, c’est à la Patrie que je le confie. Disposez de moi selon vos consciences. La mienne ne me reproche rien, car pendant une vie déjà longue, et parvenu par mon âge au seuil de la mort, j’affirme que je n’ai eu d’autre ambition que de servir la France ».

(21) Dans la cellule de Pierre Laval – p. 109 (sur André Mornet, procureur dans les procès de Philippe Pétain et de Pierre Laval) : « M. Mornet, qui fut socialiste avant la guerre, qui fit ouvertement profession de foi de pacifisme et d’antimilitarisme violent, a sauté à pieds joints dans le camp opposé, et il brûle de l’ardeur du néophyte… »

(17) Laval parle – p. 201 : « J’ai trop travaillé, j’ai trop lutté, j’ai trop souffert. Je veux qu’éclate la vérité. (…) Quand je scrute ma conscience, elle ne me reproche rien. Aucun raisonnement, aucune menace, aucun jugement ne peuvent troubler mon âme. Elle est pure de toute souillure de l’ennemi. On me reproche d’avoir humilié la France ? Pourquoi ne pas reconnaître plutôt tout ce que j’ai dû endurer et souffrir pour elle ? Je pourrais reprendre ce grief sous une autre forme. N’était-il pas logique et n’était-il pas souhaitable qu’il y eût en France un gouvernement pour contenir les exigences du vainqueur ? Je n’avais pas de lien avec le gouvernement de Gaulle, mais on peut très bien imaginer que nous eussions pu être d’accord, lui à Londres ou à Alger, pour participer à la Libération et la hâter, et moi à Vichy ou à Paris, pour protéger notre pays, maintenir notre administration, nos cadres, nos finances, notre économie. Une dernière hypothèse – même si elle paraît absurde. Si les Allemands avaient les premiers inventé la bombe atomique et s’ils avaient gagné la guerre, au lieu de la perdre, que me reprocherait-on ? Alors, on me féliciterait d’avoir tenu jusqu’au bout dans l’intérêt de la France. On ne se soucierait pas du lourd fardeau que j’ai porté et des souffrances morales que j’aurais pu subir. Je serais, selon la formule de Léon Blum, « l’homme clairvoyant à qui l’événement a donné raison ». Je n’en serais ni meilleur, ni pire, mais je serais traité comme un homme qui a droit à la reconnaissance de son pays. Je préfère n’avoir pas été cet homme clairvoyant. »

J’ai bien conscience que mes propos peuvent heurter, tant les situations vécues et les drames subis ont pu marquer les esprits et les familles, mais j’essaie de prendre le recul nécessaire, c’est-à-dire, en toute modestie, la hauteur voulue pour tenter de dresser un bilan qui se voudrait objectif, quatre-vingts ans après cette histoire douloureuse pour notre pays (et le monde). En tout cas, ce point de vue est surtout un appel au débat serein et contradictoire pour éclairer, encore aujourd’hui et peut-être plus que jamais, nos compatriotes qui n’ont pas le temps ou l’envie de se plonger dans de longues lectures sur le sujet.

Si je ne m’étends pas plus sur cet aspect que l’on peut retrouver merveilleusement bien développé dans l’histoire de Vichy de François-Georges Dreyfus (1) et dans Hitler de John Tolland (28), sans compter les ouvrages sur Pétain et sur Laval, ainsi que les deux livres de Hitler les plus éclairants selon moi, le Second livre (30) – écrit en 1928 mais non publié par Hitler – et les Propos intimes et politiques (31) – propos recueillis de 1941 à 1944 par ses proches collaborateurs -, c’est parce que j’ai voulu mettre l’accent sur l’idéologie socialiste qui animait les principaux protagonistes de la seconde guerre mondiale.

En effet, cet aspect, méconnu par moi mais aussi j’imagine par de nombreux autres Français, m’est apparu important à souligner pour éviter des erreurs d’interprétation dans le futur. L’histoire doit nous servir à construire notre avenir ou en tout cas doit être une référence pour nous guider dans nos choix de société et de civilisation. J’ai découvert que cette mémoire de ce conflit mondial, sous cet angle, s’était émoussée surtout parce que la tentation était grande de vouloir réécrire l’histoire en fonction d’intérêts idéologiques particuliers. Classer le fachisme et le fascisme à l’extrême droite, de manière caricaturale, en niant la souche socialiste qui en a irradié ses principaux acteurs et son substrat idéologique, pourrait nous entraîner dans des erreurs d’interprétation dangereuses pour notre vision politique de l’avenir. Comme le dit Simon Epstein en conclusion de sa démonstration, Vichy n’était pas une simple affaire de droite et de gauche.

(25) Un paradoxe français - p. 303 : « La tendance est de ne pas pousser les itinéraires jusqu’à leur terme, quand il s’agit de dreyfusards qui sont jeunes à la fin du XIXème et qui vivront assez longtemps pour être encore en activité après 1940. Le barrage tient au fait que les dreyfusards, sous l’Occupation, verseront majoritairement dans le pétainisme ou d’autres formes de collaboration. » (…) « Ce strict cloisonnement historiographique n’est pas fortuit, bien entendu. Protégeant les dreyfusards contre tout aboutissement collaborateur, il sauvegarde le caractère exemplaire et sacrificiel de leur combat. Dégageant la collaboration de toute empreinte dreyfusiste, il respecte le schéma interprétatif classique qui propulse les antidreyfusards (et avec eux, par extension, toute la droite) vers la collaboration et les dreyfusards (et avec eux, toute la gauche) vers la Résistance. Ce schéma est, à la fois, historiquement faux et politiquement salutaire. Il a pour inconvénient d’être une pure création idéologique, et d’être privé de tout rapport avec des réalités dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles furent particulièrement complexes. Il a pour immense avantage d’enserrer l’histoire française contemporaine dans un cadre optimiste et valorisant. » - p. 310 : « Le livre de Robert Paxton sur Vichy paraît en France en 1973. Ce livre révolutionne la recherche sur la période de l’Occupation, en mettant fin à la traditionnelle distinction entre le bon Vichy (celui de Pétain) et le mauvais Vichy (celui de Laval). Il introduit aussi, entre autres innovations, un développement détaillé sur « la gauche à Vichy » (…) : « Les élites de Vichy ne viennent pas toutes de la droite, il s’en faut même de beaucoup. » Il conclut que « loin d’être des nouveaux venus ou d’anciens leaders de l’extrême droite, les hommes de Vichy se recrutent parmi les notables de la IIIème République, où qu’ils se situent sur l’éventail politique. » - p. 327 : « René Bousquet, qui sera secrétaire général de la Police sous Laval, est aussi originaire du radicalisme, comme l’est la grande majorité des hauts fonctionnaires de Vichy. » - p. 328 (controverse relative aux affirmations de Azéma et Wieviorka pour qui « toutes les droites » seraient à Vichy) : « (…) les apolitiques associés au pouvoir, sous Darlan notamment, sont (fatalement) issus de la « droite technocratique », même s’ils étaient proches, comme Darlan lui-même, du Front populaire. » - p. 337 : « Plus la milice se nazifie, plus elle se proclame « européenne » et non strictement française, et plus les chefs militaires venus de la gauche et de l’extrême gauche prennent le pas sur les militaires et les « nationaux » de la vieille école. Cette règle, bien sûr n’est pas absolue (…). » - p. 397 : « Georges Loustaunau-Lacau [camarade de promotion de Charles de Gaulle à l’école de guerre] crée l’Alliance, l’un des premiers et des plus importants réseaux clandestins qui se constituent dans une France encore hébétée par la défaite. Il recrute parmi les gens de Corvignolles [réseau de militaires fondé en 1936 par Loustaunau-Lacau pour moderniser l’armée et identifier les cellules communistes] et parmi les anciens de la Spirale [maison d’édition créée et animée par Loustaunau-Lacau], c’est-à-dire dans la droite nationaliste et dans l’armée. Les relations avec la France libre et le général de Gaulle ne seront pas aisées et l’Alliance préfère se rattacher directement aux services secrets britanniques à partir d’avril 1941. » - p. 408 : « (…) Maurice Papon (lequel, lui, est originaire de la gauche républicaine) (…). »

Cette Europe nationale-socialiste revendiquée par Hitler, dans une logique implacable de domination allemande, et cette Europe socialiste espérée – rêvée ? - dans une dimension plus idéologique par Laval notamment, ne seront pas anéanties par la victoire des Alliés puisque le flambeau sera repris, cette fois-ci heureusement dans une perspective de paix, mais sur fond d’émergence du choc naturel entre le capitalisme, dont le porte-parole était désormais les Etats-Unis, face à celle qui se voulait être le guide du socialisme international, l’Union soviétique. La guerre froide était née.

Il faut cependant ici s’attarder juste quelques instants sur Hitler qui était un homme doté d’une vision politique tout à fait élaborée, s’étendant au monde entier mais aussi se projetant dans une échelle de temps, témoignant d’une parfaite connaissance de l’histoire et allant jusqu’à l’anticipation de l’équilibre géopolitique futur des Nations.

On voit cela très bien dans le Second livre (30) ainsi que sa vision politique profonde et son aspiration à combler le peuple allemand par une politique sociale très développée, suscitant l’intérêt d’observateurs étrangers tels que Lloyd George par exemple, ce qui est peu dire. Cette politique sociale, portée au plus haut point selon sa conception socialiste incrustée dans un cadre national rigoureux, en faisait manifestement un des plus grands socialistes de son temps sur ce plan-là, même si l’on comprend que les socialistes aient voulu gommer cette dimension du personnage. Mais elle est bien réelle pourtant (cf. le programme du Parti Ouvrier Allemand - Deutsch Arbeiter Partei) (35), formalisé par Hitler le 24 février 1920, qui restera pour lui jusqu’à la fin la ligne directrice de sa pensée, comme il le rappelait dans les Propos en 1942 – et il est clair que tout y était déjà…, en 1920 ! (le Parti Ouvrier Allemand prendra le nom en 1920 de Parti National Socialiste des Ouvriers Allemands - National Sozialistiche Deutsch Arbeiter).

En lisant les Propos intimes et politiques (31), j’ai découvert à quel point Hitler s’intéressait à tous les sujets de la vie politique, culturelle, sociale, agricole, … , développant des analyses parfois techniques sur des sujets très divers. Sa mémoire phénoménale et ce caractère autodidacte lui avaient permis d’avoir un point de vue personnel sur d’innombrables sujets et d’une pertinence incroyable, étant bien souvent à l’avant-garde de son époque en s’appuyant sur un socle philosophique, spirituel, voire même mystique.

Si je dis cela, c’est parce que l’on ne peut pas nier cette double nature de Hitler qui le faisait apparaître comme un Messie pour certains et en tout cas lui conférait cette aura auprès du peuple allemand, tout au moins dans sa très large base populaire. Le plus surprenant réside dans cette double personnalité puisque nous savons bien, en même temps, quelle a été sa politique autoritaire, liberticide et ignoble envers les Juifs en particulier bien évidemment (dépassant selon moi la névrose obsessionnelle car relevant d’un raisonnement politique s’inscrivant dans une logique antichrétienne, anticapitaliste et anticommuniste motivée selon lui par l’origine juive de ces systèmes de pensée), mais aussi envers les populations soumises à son emprise…

Cette personnalité que l’on pourrait identifier à celle d’un Dr Jekyll et Mr Hyde, à la « puissance n », doit absolument attirer notre attention dans notre analyse des hommes d’Etat, voire de la nature humaine elle-même. Ainsi, sous l’apparence d’une personnalité et d’un discours attractif peut se cacher, en même temps, un redoutable prédateur politique. Evidence que je tenais à rappeler fortement pour bien marquer cette antinomie entre une face incroyablement séduisante avec une élévation d’esprit tout à fait remarquable et cette capacité à ne plus savoir faire la part des choses, obnubilé peut-être, sans doute, par cette vision idéaliste (à ses yeux) du Reich, de son Reich, qui justifie tous les moyens pour parvenir à ses fins.

(20) Les derniers propos de Pierre Laval – p. 156 (sur Hitler) : « Cet homme qui avait si âprement lutté pour son pays afin de le dégager des emprises d’un traité qu’il jugeait néfaste, a sans aucun doute été sensible au langage fier que je lui tenais. N’oubliez pas ses origines. Si grande qu’aient pu être par la suite ses erreurs et ses folies, il sortait du peuple, il se proclamait socialiste. »

(35) Programme du parti ouvrier allemand rédigé par Hitler le 24 février 1920 : « 7° Nous exigeons que l'État s'engage à procurer à tous les citoyens des moyens d'existence.(…) 10° Le premier devoir de tout citoyen est de travailler, physiquement ou intellectuellement. L'activité de l'individu ne doit pas nuire aux intérêts de la collectivité, mais s'inscrire dans le cadre de celle-ci et pour le bien de tous. C'est pourquoi nous demandons : 11° La suppression du revenu des oisifs et de ceux qui ont la vie facile, la suppression de l'esclavage de l'intérêt. (…) 13° Nous exigeons la nationalisation de toutes les entreprises appartenant aujourd'hui à des trusts. 14° Nous exigeons une participation aux bénéfices des grandes entreprises. 15° Nous exigeons une augmentation substantielle des pensions des retraités. 16° Nous exigeons la création et la protection d'une classe moyenne saine, la remise immédiate des grands magasins à l'administration communale et leur location, à bas prix, aux petits commerçants. La priorité doit être accordée aux petits commerçants et industriels pour toutes les livraisons à l'État, aux Länder ou aux communes. 17° Nous exigeons une réforme agraire adaptée à nos besoins nationaux, la promulgation d'une loi permettant l'expropriation, sans indemnité, de terrains à des fins d'utilité publique - la suppression de l'imposition sur les terrains et l'arrêt de toute spéculation foncière. 18° Nous exigeons une lutte sans merci contre ceux qui, par leurs activités, nuisent à l'intérêt public. Criminels de droit commun, trafiquants, usuriers, etc. doivent être punis de mort, sans considération de confession ou de race. 20° L'extension de notre infrastructure scolaire doit permettre à tous les Allemands bien doués et travailleurs l'accès à une éducation supérieure, et par là à des postes de direction. (…) Nous demandons que l'État couvre les frais de l'instruction supérieure des enfants particulièrement doués de parents pauvres, quelle que soit la classe sociale ou la profession de ceux-ci. 21° L'État doit se préoccuper d'améliorer la santé publique par la protection de la mère et de l'enfant, l'interdiction du travail de l'enfant, l'introduction de moyens propres à développer les aptitudes physiques par l'obligation légale de pratiquer le sport et la gymnastique, et par un puissant soutien à toutes les associations s'occupant de l'éducation physique de la jeunesse. 23° Nous exigeons la lutte légale contre le mensonge politique conscient et sa propagation par la presse. (…) [Nous exigeons que] soit interdite par la loi toute participation financière ou toute influence de non-Allemands dans des journaux allemands. (…) . Les journaux qui vont à l'encontre de l'intérêt public doivent être interdits. Nous demandons que la loi combatte un enseignement littéraire et artistique générateur d'une désagrégation de notre vie nationale, (…). 24° Nous exigeons la liberté au sein de l'État de toutes les confessions religieuses, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger son existence ou n'offensent pas le sentiment moral de la race germanique. Le Parti en tant que tel défend le point de vue d'un christianisme positif, sans toutefois se lier à une confession précise. Il combat l'esprit judéo-matérialiste à l'intérieur et à l'extérieur, et est convaincu qu'un rétablissement durable de notre peuple ne peut réussir que de l'intérieur, sur la base du principe : l'intérêt général passe avant l'intérêt particulier. 25° Pour mener tout cela à bien, nous demandons la création d'un pouvoir central puissant, l'autorité absolue du parlement politique central sur l'ensemble du Reich et de ses organisations, ainsi que la création de Chambres professionnelles et de bureaux municipaux chargés de la réalisation, dans les différents Länder, des loi-cadre promulguées par le Reich. »

(28) Hitler – p. 114 : « (…) Ludecke suggéra que le Parti copiât la technique de Benito Mussolini, qui s’efforçait de devenir le chef de l’Italie. Son mouvement fasciste était nationaliste, socialiste et antibolchévique ; ses chemises brunes venaient d’occuper Ravenne et d’autres grandes villes italiennes. Ludecke se porta volontaire pour aller en Italie comme représentant de Hitler, voir si Mussolini pourrait être un allié valable. « Ludecke fit à Hitler un rapport enthousiaste [de son voyage à Milan, fin 1922]. Mussolini serait sans doute maître de l’Italie dans les mois qui allaient suivre, déclarait-il. Il confirma aussi que fascisme et national-socialisme présentaient de remarquables similitudes. L’un et l’autre étaient ardemment nationalistes, antimarxistes et antiparlementaristes ; l’un et l’autre visaient à un ordre absolument nouveau. En outre, les deux leaders se ressemblaient. Tous deux, sortis du peuple, étaient anciens combattants. » - p. 211 (réunion du NSDAP le 22 mai 1926 à la Bürgerbraü) : « Hitler tint à ce que les vingt-cinq points du programme originel fussent déclarés inamovibles [Programme du 24 février 1920]. » - p. 215 : « Quelques jours après la publication du second volume [de Mein Kampf], Hitler transforma une célébration de Noël à la Hofbräuhaus [le 18 décembre 1926] en une attaque virulente contre les Juifs. « Le Christ, affirma-t-il, fut le plus grand de ceux qui les premiers combattirent les ennemis du monde, les Juifs. » Il n’était pas l’apôtre de la paix. Le but de son existence et l’enseignement de toute sa vie furent la lutte contre le pouvoir capitaliste ; c’est pourquoi ses ennemis insignes, les Juifs, le crucifièrent. « L’œuvre que le Christ a entreprise mais n’a pu achever, moi – Adolph Hitler – je la mènerai à terme. » - p. 217 (meeting de Hitler au restaurant du Clou le 1er mai 1927) : « Nous sommes des socialistes ; nous sommes des ennemis de l’actuel système économique capitaliste pour l’exploitation des économiquement faibles, avec ses salaires injustes, avec son indécente évaluation de l’être humain d’après sa richesse et ses biens plutôt que d’après sa responsabilité et ses capacités, et nous sommes résolus à détruire à tout prix ce système. » (…) « Soixante-deux millions d’Allemands, disait-il s’entassent sur une superficie ne dépassant pas 450 000 km². « Proportion ridicule, si l’on songe à la dimension d’autres nations du monde actuel. » Il y avait deux solutions : ou bien réduire la population en « chassant d’Allemagne notre meilleur matériel humain », ou bien « en mettant la terre en accord avec la population, fût-ce au prix de la guerre. Tel est le moyen naturel, prescrit par la Providence. » - p. 221 (campagne électorale du printemps 1928) : « Socialisme et nationalisme se complètent, ils ne se contredisent pas. Opposés l’un à l’autre ils sont destructeurs ; ensemble, ils sont révolutionnaires et progressistes. » - p. 233 (campagne électorale de 1930) : « Son appel aux ouvriers usa d’une terminologie communiste. « Allemagne des travailleurs, réveille-toi ! Brise tes chaînes ! », proclamait « Der Angriff », le journal de Goebbels. » - p. 252 (en 1932) : « Goebbels écrivit dans son Journal : « (…) la partie d’échecs pour le pouvoir commence », et pressa Hitler d’en courir le risque [s’engager dans la campagne présidentielle face à Hindenburg]. Son principal souci était de se procurer assez d’argent pour financer une campagne. Hitler contribua à résoudre ce problème grâce à un unique discours au Park Hotel de Dusseldorf, centre de l’industrie allemande de l’acier. Conformément à une récente décision « d’agir systématiquement sur les personnalités influentes du monde des affaires », et sous les auspices de Fritz Thyssen, il parla le 17 janvier, au Club de l’industrie, devant un groupe influent de financiers. Au cours de conversations confidentielles antérieures à ce discours, Hitler avait déjà révisé radicalement son programme économique. Il était maintenant pour l’élimination des syndicats et pour la liberté d’entreprise, aussi bien que, dans l’intérêt du rétablissement économique, pour un programme de travaux publics et de réarmement que devraient diriger les chefs des grandes firmes. (…) Hitler avait rarement parlé avec autant d’efficacité, en faisant alterner l’émotion et la logique. Tantôt, il secouait ses auditeurs par des visions terribles concernant le bolchévisme et la fin du régime qui leur avait apporté la sécurité ; tantôt il faisait appel à leur égoïsme : s’ils voulaient que leur empire industriel survécût et se développât, il leur fallait un dictateur à la barre du gouvernement, un dictateur qui finirait par refaire de l’Allemagne une puissance mondiale. Ses auditeurs redoutaient de voir cinquante années d’efforts et de profits s’envoler en fumée, et beaucoup rentrèrent chez eux prêts à fournir des sommes considérables à l’homme qui promettait de les sauver. » - p. 269 (hésitation du président, le maréchal Hindenburg, à nommer Hitler comme Chancelier – novembre 1932) : « Cette impasse inquiétait un groupe influent de magnats des affaires à tel point qu’ils décidèrent d’exercer des pressions directes sur le maréchal. Ils avaient apporté leur contribution au NSDAP dans l’idée qu’une fois le parti au pouvoir, ils seraient en mesure d’influer sur sa politique économique. (…) A la fin du mois de novembre, trente-neuf hommes d’affaires éminents (dont Hjalmar, Schacht, l’ex-chancelier Cuno, et de grands manitous comme Krupp, Siemens, Thyssen, Bosch, Wörmann et Vögler) signèrent une lettre demandant à Hindenburg de nommer Hitler chancelier d’Allemagne. Pratiques avant tout, ces hommes pariaient sur le NSDAP. Ils étaient sûrs que le socialisme de Hitler n’était qu’une ruse, et qu’une fois au pouvoir il serait un outil entre les mains du capitalisme. » - p. 305 (1933 – Hitler est chancelier) : « Il proclama la fin de la révolution économique, et remplaça le spécialiste de l’économie du parti par un représentant de la grande industrie. Hitler avait un socialisme bien à lui, subordonné à ses objectifs secrets. Sa conception de l’économie organisée se rapprochait du véritable socialisme, mais il n’acceptait d’être socialiste que dans la mesure où cela profitait à ses buts supérieurs. Il avait pour la propriété personnelle le dédain du Bohémien, plutôt que du révolutionnaire, et ne voulait qu’un capital suffisant pour reconstituer l’armée et restaurer l’économie de manière à pouvoir conduire l’Allemagne vers un destin digne d’elle. Plutôt un César qu’un Lénine, il se servait du socialisme pour mouvoir les masses. S’il avait cru pouvoir les faire bouger par le capitalisme, il est vraisemblable qu’il aurait brandi ce drapeau. Pour Hitler, le salut de l’Allemagne justifiait tous les moyens.» – p. 306 : « L’on eût dit qu’il était en train de créer une société de travailleurs. Pour eux, il était le soldat-ouvrier, et ils contribuaient à répandre cette image. C’est ainsi que des millions d’Allemands humiliés par leur défaite à la guerre, et dans la paix, menés au bord du désastre économique, s’identifiaient volontiers avec le héros guerrier-ouvrier. En nombre toujours croissant, les communistes, dont les chefs étaient dans des camps de concentration, trouvaient refuge au sein du national-socialisme. Ils n’avaient aucune peine à admettre la définition hitlérienne de la différence entre le socialisme et le marxisme : « Le socialisme allemand est dirigé par des Allemands ; le socialisme international est un instrument aux mains des Juifs. Dès le milieu de 1933, la majorité des Allemands étaient pour Hitler. » - p. 319 : « La plupart des membres du parti partageaient ces opinions anticapitalistes, anticonservatrices, mais le S.A. était le plus extrémiste, le plus ardent. Röhm déclarait à qui voulait l’entendre que lui-même et ses hommes étaient les véritables gardiens de l’idée nationale-socialiste (« Nous sommes les garants incorruptibles de l’accomplissement de la révolution allemande. »). Hitler avait de la sympathie pour ces extrémistes, mais son bon sens lui représentait qu’il était impossible de pousser plus avant la révolution tant que l’Allemagne ne se serait pas remise de son désastre économique et n’aurait pas reconstitué ses forces armées ; ce qui ne pouvait se faire sans le plein appui des industriels et des militaires. » - p. 344 (Mussolini s’emporte contre Hitler suite à l’assassinat du chancelier autrichien Dolfuss) : « (…) l’on ne pouvait comparer le nazisme au fascisme. « Certes, tous deux étant des systèmes autoritaires, collectivistes, socialistes, ils présentent des similitudes extérieures et s’opposent au libéralisme. Mais le fascisme est un régime enraciné dans la grande tradition culturelle du peuple italien ; le fascisme reconnaît le droit de l’individu, la religion et la famille. » - p. 396 (bilan en 1937 des quatre premières années de pouvoir, notamment en matière sociale) : « Sans conteste, il [Hitler] s’efforçait d’unir toutes les couches sociales – à l’exception des Juifs, bien entendu -, et son type de socialisme n’exclut ni les riches ni la classe moyenne. Il déclarait à un journaliste : « Le bourgeois ne doit plus se sentir une espèce de privilégié de la tradition ou du capital, séparé de l’ouvrier par la notion marxiste de propriété, mais il doit viser à travailler au bien-être de la communauté. » - p. 397 : « Aucun observateur objectif ne pouvait nier les réalisations considérables de Hitler, et, si l’ouvrier avait perdu ses syndicats, le patron avait perdu ses droits à s’organiser politiquement. De fait, chaque individu avait perdu ses droits, sa liberté, au profit de la nation qui gagnait en égalité et en prospérité. » - p. 398 (plan quadriennal de réarmement renforcé, en 1936, administré par Goering) : « Les coûts de production d’un tel programme étaient exorbitants mais il [Hitler] ne tint pas non plus compte des cris d’indignation des industriels (…) il contre-attaqua, en menaçant la grande industrie d’intervention de l’Etat si elle refusait de s’engager dans la lutte pour l’autarcie. (…) En des termes qu’un certain Président des Etats-Unis devait paraphraser une génération plus tard, il adjurait tous les Allemands de servir leur pays. « Chacun de nous devrait se demander chaque jour ce qu’il peut faire, de quelle manière il est en mesure de contribuer à la réussite de l’effort commun. » - p. 487 (le Dr Carl Gustav Jung expose sa théorie sur Hitler en octobre 1938) : « (…) Le trait le plus remarquable de sa physionomie est son regard rêveur. (…) il avait dans les yeux une expression de prophète. (…) Le secret du Führer ? Il se laissait diriger par son propre inconscient. Il était comme un homme qui écoute intensément les suggestions chuchotées par une voix mystérieuse, « et qui agit en conséquence. Même si parfois notre inconscient réussit à nous atteindre à travers nos rêves, nous sommes trop raisonnables, trop cérébraux pour lui obéir – mais Hitler, lui, écoute et obéit. Le vrai meneur est toujours mené. »

(30) Second livre (écrit en 1928 mais non publié du vivant de Hitler) – p. 44 : « Les hommes qui parlent si volontiers de socialisme ne comprennent pas que la plus parfaite organisation socialiste fut celle de l’armée nationale allemande. D’où la haine profonde que la juiverie typiquement capitaliste porte à une organisation où l’argent ne correspond pas à la place, à la dignité, ni surtout à l’honneur, mais où l’efficacité, et l’honneur d’appartenir à un groupe humain, d’une efficacité certaine, sont davantage appréciés que la possession de la puissance et de la richesse. » - p. 63 : « Je suis un nationaliste allemand. Cela veut dire que je me reconnais dans mon peuple. Toute ma pensée, toute mon action lui appartiennent. Je suis socialiste. Je ne découvre devant moi ni classe, ni caste ; je ne vois qu’une société d’hommes, liés par le sang, unis par la langue et soumis à un même destin. J’aime ce peuple, et je ne déteste que ses éternelles « majorités », parce que je ne considère pas du tout qu’elles représentent la grandeur et le bonheur de mon peuple. Le Mouvement national-socialiste que je dirige aujourd’hui fait de la libération intérieure et extérieure de notre peuple son seul but. (…) Ainsi, le Mouvement national-socialiste comprend, sous le concept de « politique intérieure », l’exigence, l’affermissement et l’assurance de l’existence de notre peuple, par l’instauration de formes de vie et de conditions de vie qui correspondent à l’essence même de notre peuple, et qui permettent d’épanouir ses forces fondamentales. Il comprend, sous le concept de « politique extérieure », la perspective d’un développement extérieur qui assurera la liberté du peuple, et lui procurera les conditions de vie les plus indispensables. » - p. 105 : « Il faut que disparaissent les signes généraux de décadence que présente notre peuple. (…) Un peuple nouveau doit naître de cet effort, pour réparer les plus graves dégâts du présent et pour combler le fossé qui s’est ouvert entre les classes, maux dont la bourgeoisie et le marxisme portent une égale responsabilité. » - p. 161 : « Quelles que puissent être à l’avenir les combinaisons européennes, la France fera toujours partie de celle qui est hostile à l’Allemagne. » - p.165 : « C’est pour cela que, tant qu’on ne lui administrera pas un jour une leçon décisive et radicale, la France restera un éternel trouble-fête mondial. » -  p. 219 : « Une victoire de l’Allemagne sur la France avec l’aide de l’Italie nous donne l’Alsace-Lorraine, au moins, et la liberté de pratiquer au maximum une large politique de l’espace [à l’Est]. Et c’est seulement là que l’Allemagne peut, à l’avenir, trouver sa vie et sa sécurité (…). » - p. 250 : « A long terme, on pourrait aussi penser à une nouvelle union de peuples, qui serait faite de quelques Etats dont la valeur nationale serait grande. Union qui pourrait alors s’opposer à la domination dont l’Union Américaine menace le monde. Car il me semble que, pour les nations d’aujourd’hui, la suprématie anglaise est moins pénible que ne le serait une suprématie américaine. »

(31) Propos intimes et politiques (de 1941 à 1942) – Tome 1 : p. 274 (30 novembre 1941) : « Mon parti était à l’époque composé à 90% de gens de gauche. Je ne pouvais utiliser que des gens qui s’étaient battus. (…) C’est alors qu’ont été posés les fondements du Reich actuel. Quand je pense aux revers que nous avons subis ! Journaux saisis, discours interdits, meetings dispersés ! C’était l’époque du plus beau combat, rétrospectivement. La fin de ma belle vie, ce fut l’entrée à la chancellerie. Jusque-là, neuf hommes que je fréquentais sur dix appartenaient au peuple. A partir de là, neuf sur dix à la couche supérieure. Toute mon existence fut bouleversée. On voit cela encore aujourd’hui dans les assemblées populaires. » - p. 418 (nuit du 16 au 17 janvier 1942) : « Je les aime tant ces gens ! Les dix mille de la couche supérieure, qui font tout par calcul, voient en moi une attraction pour leur salon, d’autres pensent à leur carrière. (…) C’était le bon temps [années 1920]. Celui de mes plus beaux souvenirs. C’est mon enracinement dans le peuple, que je n’ai pas perdu. Je lui suis lié si personnellement que je peux me couler dans sa mentalité, ses soucis et ses joies, car j’en ai fait l’expérience. (…) C’est là une grande époque, si on se représente le fait qu’un homme inconnu a surgi pour conquérir une nation et qu’au bout de quinze ans il est vraiment devenu chancelier du Reich ! Mais j’ai également eu de la chance, d’avoir parmi mes adhérents de fortes personnalités. » - p. 624 (26 février 1942) : « Trois choses importent dans toute révolution : abattre les cloisons qui séparent les classes, afin de permettre à chacun de s’élever, porter le niveau de vie général à un tel point que soit assuré au plus pauvre un minimum vital, et enfin obtenir que les bienfaits de la culture soient partagés par tous. »

(31) Propos intimes et politiques (de 1941 à 1942) – Tome 2 : p. 54 (31 mars 1942) : « Sans organisation, c’est-à-dire sans contrainte, et donc sans renoncement de la part des individus, cela ne marche pas. Toute la vie est une renonciation continue à la liberté individuelle. Plus un homme s’élève, plus cette renonciation lui est facile ! Car plus un regard élargi lui permet d’en apercevoir la nécessité. C’est ce qui différencie un homme qui dans un Etat sain progresse vers le haut d’un autre qui reste toujours dans la masse. Il se développe par sa fonction et, grâce à cette fonction, son entendement mûrit. » - p. 118 (8 avril 1942) : « Au début de mon activité politique, j’ai donné comme consigne que l’important n’était pas de gagner la bourgeoisie, qui au fond n’aspirait qu’au calme et à l’ordre, et était lâche dans son comportement politique, mais d’enthousiasmer les travailleurs pour mes idées. Toutes les premières années du temps de la lutte ont été par suite vouées à gagner les ouvriers au NSDAP. » - p. 372 (29 juin 1942) : « Je fais ces réflexions sur la base de mon expérience concernant ce difficile exercice de travail historique que j’ai dû moi-même maîtriser. Après nous certainement il y aura des générations qui considéreront sans étonnement la fusion de l’Europe qui est en train de se faire, de même que la plus grande partie de nos contemporains considèrent comme toute naturelle l’unification allemande réalisée par Bismarck. (…) L’unification de l’Europe ne sera pas rendue possible par des efforts d’unification conjuguée d’une foule d’hommes d’Etat, mais doit être réalisée par la force des armes. » - p. 410 (5 juillet 1942) : « Même après la guerre, nous ne pourrons pas renoncer à une direction de l’économie nationale par l’Etat, étant donné que dans le cas contraire chaque groupe d’intérêts penserait exclusivement à satisfaire ses propres souhaits. » – p. 478 (24 juillet 1942) : « (…) sans lui [le Duce], l’Italie serait aujourd’hui communiste. (…) A ce propos, il ne faut pas perdre de vue le délabrement de l’Italie lorsque le Duce a commencé. Cependant, il a aussi vaincu le communisme en Italie non par la force militaire, mais seulement par une Idée. Il a le mérite d’avoir affronté pour la première fois de façon décisive la force intérieure du communisme, et ainsi démontré au monde qu’on pouvait encore, même au XXième siècle, redonner à un peuple le sentiment national. C’est là un mérite d’une importance unique, tout comme on estimera un jour que le mien est principalement d’avoir préservé l’Europe du déferlement asiatique. » - p. 520 (5 août 1942) : « Quand je lis l’histoire de la révolution fasciste, je croirais lire l’histoire du Mouvement. La même bourgeoisie lâche et paresseuse, qui ne croît à rien, se tient à l’écart de tout affrontement et vit dans la crainte d’exciter les rouges ! » – p. 538 (9 août 1942) : « Staline est d’un côté un monstre, de l’autre un géant. Les questions sociales lui sont indifférentes. Les gens peuvent crever, cela lui est égal. L’Europe aurait été submergée comme par les Huns s’il avait disposé de dix ans de plus. Sans l’armée allemande, il en aurait aujourd’hui fini avec nous. La stupidité de nos masses lui aurait ouvert les portes. » - p. 544 (12 août 1942) : « Mon programme de 1921-1922 avait transporté d’effroi la plupart des bourgeois. Et si quelqu’un allait apprendre qu’ils avaient seulement écouté cela ! Nettoyer l’Allemagne de tous les éléments étrangers, introduire le service militaire et restaurer l’armée allemande, liquider la liberté de la presse, liquider les parlements des Länder ! Mais c’étaient là de criants blasphèmes. Des gens se sont parjurés en prétendant qu’ils n’avaient jamais rien entendu de tout cela ! » - p. 572 (20 août 1942) : « La justice n’a pas de fin en soi. Elle sert l’ordre social des hommes, un organisme auquel nous devons la culture et le progrès. Tous les moyens sont bons s’ils servent ce but. Est faux tout ce qui ne va pas dans ce sens. Ce n’est pas le devoir de la justice, d’être douce ou dure. Son seul devoir est d’être à la hauteur de cet objectif. » - p. 602 (24 août 1942) : « Pour l’Angleterre, il n’y a qu’un chemin, celui de l’amitié avec l’Allemagne. » - p. 606 (26 août 1942) : « Si nous voulions aujourd’hui signer une paix avec la France, ce serait sans objet. Nous ne pourrions pas maintenir son armée dans un état de faiblesse tel qu’elle ne mette pas en déroute l’armée italienne en l’espace de trois ans. » - p. 610 (26 août 1942) – « C’est une personnalité gigantesque [Staline], un véritable ascète, qui a construit cet empire géant avec une poigne de fer. Ce n’est que quand on dit que c’est un Etat social que c’est une gigantesque arnaque. C’est un capitalisme d’Etat : 200 millions d’hommes, du fer, du manganèse, du nickel, du pétrole et tout ce qu’on veut, sans limite. Au sommet, un homme qui dit : Trouvez-vous la perte de 13 millions d’hommes excessive pour une grande idée ? » - p. 704 (19 mai 1944) : « L’Etat ne doit mettre aucune entrave à la recherche. Elle doit rester libre. Ce qu’elle élabore et affirme, c’est la vérité. Et la vérité ne pourrait être mauvaise. L’Etat a le devoir de soutenir la recherche et de la favoriser aussi quand ses résultats, à vue humaine, ne trouveront pas d’application utile dans l’économie. Les résultats de la recherche scientifique seront peut-être profitables lors de la génération suivante et pourront même apporter un progrès énorme. » 

Pour reprendre le fil de notre exposé après cette très longue série d’extraits d’ouvrages, mais si éclairante, il nous faut constater que la guerre froide, continuation sous d’autres formes de ce conflit entre capitalisme et socialisme durant la seconde guerre mondiale, s’est finalement traduite par une victoire nette du capitalisme avec en particulier la chute emblématique du Mur de Berlin en 1989, en apparence du moins ... Ainsi, ce capitalisme, domestiqué par exemple par la Chine, tend à mettre en évidence une résurgence d’un nationalisme au fond qui ne veut pas mourir. Entre un capitalisme qui s’incarne dans un socialisme nationaliste, comme en Chine, et un capitalisme qui tend à surpasser le cadre étatique, comme aux Etats-Unis, dont les GAFAM en sont sans doute une des premières préfigurations, se profile un affrontement hautement inquiétant pour notre avenir.

(28) Hitler – p. 829 (texte dicté le 2 avril 1945 à Bormann) : « Les lois de l’histoire et de la géographie obligeront ces deux puissances [les Russes et les Américains] à un affrontement de forces, soit sur le plan militaire, soit dans le domaine de l’économie et des idéologies. A cause de ces mêmes lois, il paraît inévitable que ces deux puissances deviennent les ennemis de l’Europe. De plus, elles chercheront sûrement tôt ou tard à se concilier l’aide de la seule nation survivante en Europe : l’Allemagne. J’affirme avec toute mon énergie que les Allemands doivent éviter à tout prix de jouer le rôle de pion aux mains des deux adversaires. » [affirmation « partagée » par de Gaulle pour la France …]

Rappelons qu’Hitler n’est passé qu’à un millimètre, ou un centième de seconde, de la possession de l’arme atomique ce qui nous a permis d’éviter un conflit nucléaire majeur. Mais Hiroshima et Nagasaki nous ont été données en villes martyres comme exemples pour symboliser le risque auquel se trouve désormais exposée l’humanité.

(28) Hitler – p. 821 (conversation avec le Dr Giesing, le 15 février 1945) : « (…) il [Hitler] pouvait se vanter d’avoir une arme nouvelle : la bombe atomique, et qu’il l’utiliserait « même si les blanches falaises de l’Angleterre devaient disparaître dans les flots. »

Et pourtant, la nature humaine reste belliqueuse. C’est une platitude désormais de voir dans le XXIème siècle une étape essentielle dans l’histoire de l’homme pour parvenir à maîtriser ses instincts guerriers, ce que certains tentent de favoriser en alimentant une menace qui nous réunirait tous, le réchauffement climatique. D’autres tablent sur une évolution de notre conscience grâce peut-être à cette effusion de plus en plus irradiante de la connaissance. Enfin, comme évoqué dans mon essai « Les Sens de la vie », une intervention extrasensorielle ou extraterrestre pourrait être envisagée dans une approche moins cartésienne au sens strict du terme (car l’inconnu est tout aussi cartésien que le connu sauf qu’il échappe à cet instant à nos connaissances, ou notre entendement), et donc plus ouverte sur ces « univers encore inexplorés »…

En tout cas, nous ne pouvons pas et nous ne devons pas oublier que deux des paramètres fondamentaux des politiques enclenchées par Hitler mais aussi par Mussolini furent la démographie et la dimension territoriale. Celui qui l’a formalisé le plus clairement par cette notion d’espace vital à rechercher à l’Est, Hitler, était secondé en la matière par Mussolini dont la politique coloniale visait notamment à trouver une voie d’expansion pour une population nombreuse. Sans m’être penché sur le cas de figure du Japon, je suppose que ces paramètres ont également fortement contribué à son engagement dans cette seconde guerre mondiale. Qui ne voit pas, qu’aujourd’hui, certains Etats ou continents se trouvent confrontés à une croissance démographique telle que la recherche de débouchés territoriaux extérieurs pourrait apparaître comme une voie de salut ? Qui ne voit pas que se profile un paysage dans lequel certains Etats ou continents s’appuieront sur une forme d’homogénéité raciale de leur population tandis que d’autres ont inscrit leur avenir dans une dimension multiethnique et multiculturelle, sujet potentiel d’affrontement ?

En définitive, si l’on veut bien laisser vagabonder sa pensée vers des scénarii de politique fiction, se profile un combat titanesque entre deux logiques. D’une part, celle d’Etats ou de continents animés par des puissances financières colossales et donc un capitalisme où l’argent confère le pouvoir et détermine la politique mise en œuvre. Cette logique s’épanouit plus spécifiquement dans un contexte multiculturel et multiethnique qui est encouragé, favorisé, par la conception d’un citoyen érigé en consommateur avant tout plutôt que comme un individu s’agrégeant à d’autres individus selon un corpus idéologique et sociétal, voire civilisationnel. L’Etat n’est alors plus qu’une armature artificielle servant de « vitrine » à cette réalité. Les Etats-Unis en représentent le meilleur exemple …

D’autre part, l’autre logique est portée par des Etats ou des continents contrôlés par des partis politiques dont l’assise repose sur l’idéologie politique, ou sur la religion, par-delà la logique financière. Ainsi au contraire, dans cette alternative, l’homogénéité des populations est la règle, ou en tout cas est privilégiée par rapport au caractères multiculturel et multiethnique des populations. Le capitalisme n’est alors pas une fin en soi mais un moyen pour assurer la cohésion du peuple et le développement économique au service de cette idéologie politique, ou religieuse, support de cette société, voire de cette civilisation. La Chine peut à cet égard être considérée comme un exemple probant, l’Iran en serait un autre ...

Mais autant dire que, pour l’individu, sa liberté est enchâssée dans une mécanique collectiviste et finalement directive et contraignante dans l’un et l’autre cas. L’individu doit en effet se conformer à la logique de l’Etat ou du continent dans lequel il vit à moins d’être broyé. Bref, la démocratie est au mieux un alibi, au pire totalement niée …

Hitler voyait dans l’Etat cet organisme politique et social contrôlant toute la vie de l’individu mais il voyait aussi, au-dessus, son parti être maître de cet Etat, ce qui provoquait parfois ce regard admirateur à l’égard de Staline… La culture, le progrès, le bien-être de l’individu relevaient de la responsabilité du parti et de l’Etat, et donc du chef qui devait être choisi de telle manière qu’il en avait les qualités requises pour conduire son peuple vers sa destinée. Et la dimension religieuse n’en était pas si éloignée que cela finalement même si Hitler s’en défendait.

(30) Second livre de Hitler – p. 132 : « Si la signification menaçante de l’hégémonie américaine est due en premier lieu à la valeur du peuple américain, en second lieu à l’étendue de son espace vital et au rapport favorable qui existe entre le chiffre de la population et la surface du territoire, un simple rassemblement de tous les peuples européens n’évitera pas pour autant cette hégémonie, tant que la valeur interne de ceux-ci ne sera pas plus élevée que celle de l’Union Américaine. Sinon, le premier rival, pour cette Union américaine serait d’abord la Russie d’aujourd’hui ; et plus encore la Chine, avec plus de quatre cents millions d’hommes. Ainsi le mouvement paneuropéen est-il fondé avant tout sur une erreur de base considérable, à savoir l’idée qu’on peut remplacer la valeur de l’homme par le nombre. (…) Cette conception correspond à l’absurdité de notre démocratie occidentale, et plus encore au lâche pacifisme de nos milieux et cercles d’économie dite supérieure. Qu’elle soit l’idéal de tous ces bâtards affaiblis et métissés est évident. Ainsi le Juif approuve-t-il spécialement une telle conception, car elle conduit, rigoureusement réalisée, à un chaos racial, au désordre, à l’abâtardissement, à la négrification de la culture humaine et, finalement à un tel abaissement de sa valeur raciale que l’Hébreu, se tenant alors à l’écart, a la possibilité de devenir ensuite le maître du monde. Tout au moins a-t-il la prétention de devenir un jour le cerveau de cette humanité privée de toute valeur. »

(31) Propos intimes et politiques de Hitler (volume 2) – p. 272 : « Je suis résolument opposé à toute tentative d’exporter la vision nationale-socialiste du monde. Justement, si les autres Etats persistent dans leur système démocratique et par là vont au-devant d’une ruine certaine, cela ne peut que nous arranger puisque sur la base du national-socialisme nous devenons lentement mais sûrement le corps national le plus cohérent qu’on puisse imaginer. » - p. 618 : « C’est seulement avec l’empire romain qu’on peut dire que la civilisation a joué un rôle. Le régime arabe en Espagne était quelque chose de remarquable : les plus grands scientifiques, penseurs, astronomes, mathématiciens, une des époques les plus humaines et en même temps un esprit colossalement chevaleresque. Quand plus tard le christianisme est venu là, on peut seulement dire : les Barbares. Si Charles Martel n’avait pas vaincu à Poitiers : déjà que nous avons chez nous l’univers juif – le christianisme est une chose tellement fade -, alors nous aurions reçu beaucoup plus tôt l’Islam, qui enseigne que l’héroïsme est récompensé : le septième ciel réservé au combattant ! Avec cela les Germains auraient conquis le monde, nous n’en avons été empêchés que par le christianisme. »

Cet état d’esprit se retrouve selon moi dans la deuxième logique décrite ci-dessus. Par contre, l’architecture politique de la première logique importe peu puisqu’il s’agit au fond d’assurer la volonté de ceux qui détiennent la puissance financière dans une sorte de jeu de théâtre pour les gouvernants et pour les gouvernés.

Ce combat frontal en perspective serait sans doute le prélude de ce qui deviendrait alors l’ossature du fameux gouvernement mondial déjà esquissé par de nombreux penseurs et qui présiderait ainsi aux destinées de notre monde et de l’espèce humaine, en attendant de s’étendre peut-être au-delà, un jour ! Mais n’anticipons pas trop …

Sans vouloir dramatiser, mais en acceptant de rechercher une forme de lucidité dans l’observation de notre monde et de ses soubresauts, nous devons bien conserver en mémoire l’élan pacifiste qui animait nos pays européens, jusqu’aux Etats-Unis, après la première guerre mondiale, lequel élan pacifiste n’a pourtant pas résisté longtemps aux Etats qui se préparaient alors à la guerre pour assouvir leurs désirs de Nations expansionnistes. Que chacun, en principe, porte la paix en son cœur et en son âme, est une bonne chose en soi, mais en restant en éveil face aux menaces potentielles que pourraient faire peser sur nous d’autres Etats, ou d’autres continents désormais, animés par des sentiments plus guerriers et plus dominateurs.

Chacun sent bien que le temps se contracte avant que notre destin ne se fracasse une nouvelle fois sur la réalité de notre nature humaine ou sache s’en affranchir pour la maîtriser, et peut-être la dépasser…

A mes enfants !

 

 

Patrick CLEMENT,

Boulogne-sur-Seine, le 21 août 2021

Bibliographie (cette liste est limitée aux livres lus pour la rédaction de cet article. Il ne s’agit pas d’une bibliographie sélective mais d’une bibliographie constituée au fil des lectures. De nombreux livres peuvent donc échapper à cette liste et des livres plus récents peuvent mériter l’attention !) :

(1) Histoire de Vichy de François-Georges DREYFUS – Editions de Fallois - 2004

              Le livre le plus complet sur le sujet, selon moi ... A lire en priorité. Un pur régal !

(2) Histoire de Vichy de Robert ARON – Librairie Arthème Fayard - 1959

              Un des premiers livres qui a fait date, avec un recours très varié aux archives disponibles (même si un peu ancien désormais).        

(3) La France de Vichy de Robert PAXTON – Editions du Seuil - 1999 (1972)

              Un livre renommé car apportant une nouvelle approche sur différents sujets sensibles, avec un recours important aux archives allemandes notamment, survolant l’ensemble de la période à travers un prisme de gauche marqué selon moi, peut-être un peu rapidement parfois cependant et avec des parti-pris discutables (nier la réalité de l’accord secret passé entre Pétain et Churchill en 1940 - pourtant reconnu tardivement mais effectivement par Churchill - ; remettre en cause le rôle décisif du général Weygand auprès de Pétain – toujours décisionnaire en tant que Chef de l’Etat en 1941 - dans l’échec des Protocoles de Paris, Darlan continuant effectivement à jouer son jeu personnel, comme Laval finalement – régime parlementaire ou non, la nature humaine reste fondamentalement la même ; ...). Paxton a raison de vouloir rebattre les cartes à la lumière des archives dévoilées mais il n’est peut-être pas nécessaire pour autant d’en jeter certaines ou d’évacuer les témoignages ou les apports d’autres historiens de manière excessive. Débat que je laisse aux spécialistes…

(4) Pétain Laval De Gaulle de Nerin G.GUN – Editions Albin Michel - 1980

              Un livre renommé s’appuyant là aussi sur de nouvelles archives pour l’époque.

(5) Je brûlerai ma gloire de Jacques BONCOMPAIN – Editions Muller - 2019

              Un livre plus récent faisant le point sur des aspects sensibles de la période en voulant rétablir certaines vérités.

(6) La vie de la France sous l’occupation (3 volumes) Hoover Institute – Editions Plon - 1957

              Une somme considérable de témoignages qui permet d’avoir le point de vue des acteurs de cette période, avec un éclairage certes favorable sur leur action mais s’appuyant souvent sur des bilans chiffrés et des faits précis.

(7) Le Chagrin et la pitié de Marcel OPHULS (film) – Gaumont - 1969

              A voir même si le film est parfois un peu caricatural ce qu’a reconnu Marcel Ophuls plus tard.

(8) Mémoires (volume 3) Rappelé au Service du Général WEYGAND – Editions Flammarion - 1950

              Le témoignage précis d’un des acteurs de premier plan de cette période, dans sa première partie surtout.

(9) Pétain de Herbert R. LOTTMAN – Editions Seuil - 1984

              Superbe livre, un peu ancien désormais, mais très complet et analytique. Du très haut niveau !

(10) Discours aux Français de Philippe PETAIN – Editions Albin Michel - 1989

              Pour plonger au cœur de la pensée politique de Pétain. Irremplaçable.

(11) Correspondance de l’île d’Yeu de Jacques ISORNI – Editions Flammarion - 1966

              Une écoute attentive de l’avocat le plus enthousiaste de Pétain.

(12) Le procès du Maréchal Pétain de Maurice GARCON (compte rendu sténographique)

(2 volumes) – Editions Flammarion - 1945

A lire après avoir étudié la période de Vichy pour en profiter pleinement. Quel dommage tout de même que Pétain n’ait pas voulu témoigner même si l’on peut comprendre sa position.

(13) Requête en révision pour Philippe Pétain de Jacques ISORNI – Editions Flammarion - 1950

              Un plaidoyer sincère en faveur de Pétain.

(14) Nouvelle requête en révision pour Philippe Pétain de Jacques ISORNI – Editions Flammarion - 1978

              Un nouveau plaidoyer à la lumière des dernières révélations historiques.

(15) Pétain mon prisonnier de Joseph SIMON – Editions Plon - 1978

              De nombreuses confidences livrées par Pétain lui-même (à défaut de mémoires…).

(16) Le procès Laval de Maurice GARCON (compte rendu sténographique) – Editions Albin Michel - 1946

              A lire après avoir étudié la période de Vichy. Une vraie parodie de justice qui ne fait pas honneur à la France.

(17) Laval parle (mémoires) de Pierre LAVAL – Editions Constant Bourquin - 1947

              Les mémoires de Laval en quelque sorte. Très instructif.

(18) Laval devant l’histoire de René de CHAMBRUN – Editions France-empire - 1983

              Un plaidoyer « de l’intérieur » de la part de son gendre.

(19) Les discours de Pierre Laval – Fondation Josée et René de Chambrun - 1999

              A lire pour comprendre la pensée politique du personnage, et un peu plus…

(20) Les derniers propos de Pierre Laval de Yves-Frédéric JAFFRE – Editions André Bonne - 1953

Les confidences de Laval recueillies dans sa cellule par un de ses trois avocats. Pour en savoir plus…

(21) Dans la cellule de Pierre Laval de Jacques BARADUC – Editions Self - 1948

              Un deuxième de ses trois avocats fournit un éclairage là aussi intéressant.

(22) Pierre Laval, cet inconnu de Maurice PRIVAT – Editions Fournier-Valdès - 1948

              Le portrait de Laval sous un angle favorable.

(23) Pierre Laval vu par sa fille de Yves FOURCHER – Editions Tallandier - 2014

              Un regard sur la vie de famille et sur la vie de l’époque, qui permet de replacer Laval sous un éclairage différent.

(24) Le procès (Riom 1942) présenté par Julia BRACHER – Editions Omnibus - 2012

              Très beau document pour comprendre en détail le déroulement de ce procès mythique.

(25) Un paradoxe français de Simon EPSTEIN – Albin Michel - 2019

              Un livre révolutionnaire et méticuleux pour renverser la table et dire les vérités indicibles sur l’origine politique, souvent de gauche, des acteurs de Vichy.

(26) Les dreyfusards sous l’occupation de Simon EPSTEIN – Editions Albin Michel - 2001

              La même envie de transparence que pour « Un paradoxe français », en remontant aux dreyfusards et aux antidreyfusards, avec les mêmes révélations sur le plan politique.

(27) La désinformation autour du régime de Vichy de Bernard LEGOUX – Editions Atelier Fol’fer - 2016

              Une étude détaillée portant sur les points controversés et les approches parfois caricaturales de Vichy.

(28) Hitler de John TOLAND – Editions Robert Laffont - 1983

              Le livre à lire, même si celui-ci commence à dater. D’une richesse inouïe avec une approche sans œillères. Epoustouflant !

(29) Mon combat (Mein Kampf) de HITLER – www.abbc3.com/historia/hitler/mkampf/fra>    (retravaillé)

                  Lu sur internet voici une dizaine d’années, ce qui m’a permis de savoir sur les projets d’Hitler ce que tout le monde savait donc dans les années 1920 et 1930, et de découvrir qu’il n’y avait aucune raison véritable de ne pas permettre la lecture de ce livre après la guerre, sauf des remords peu avouables sur l’aveuglement de nos gouvernants de l’époque, ou pire leurs arrière-pensées …

(30) Second livre d’Adolph HITLER – Editions Déterna - 2015

              Livre écrit en 1928 mais non publié par Hitler car il dévoile non seulement sa philosophie politique mais aussi et surtout, de manière encore plus précise que dans Mein Kampf, sa vision géopolitique qui ne laisse aucun doute sur ses intentions guerrières …

(31) Propos intimes et politiques de Hitler (2 volumes) – Editions nouveau monde - 2016

              Un livre étonnant qui permet de découvrir la double facette de ce personnage, à la fois « ange », dans sa hauteur de vue spirituelle et son empathie pour le peuple comme l’a traduit son bilan en matière sociale, et « démon » comme chacun sait malheureusement. La découverte inimaginable d’une véritable double personnalité s’intéressant à tous les sujets et proposant un avis personnel souvent visionnaire.

(32) Le testament politique de Hitler (notes de Martin BORMANN) – Editions Kontre Kulture - 2017

              Les dernières pensées du dictateur. A ne pas manquer.

(33) A la droite de Hitler de Nicolaus VON BELOW – Editions Perrin - 2019

              Le regard d’un de ses aides de camp qui dévoile la personnalité de Hitler en tant que Führer ce qui permet aussi d’en savoir plus sur les luttes de pouvoir internes au régime, notamment sur le plan militaire.

(34) Sur la scène internationale avec Hitler de Paul-Otto SCHMIDT – Editions Perrin - 2014

              Un témoignage fin et intelligent des grandes rencontres internationales. Savoureux.

(35) Programme du Parti ouvrier allemand du 24 février 1920 : Programme en 25 points — Wikipédia (wikipedia.org)

              A lire absolument pour comprendre le véritable état d’esprit de Hitler et la ligne politique qui restait au fond la sienne jusqu’à la fin de sa vie, comme il l’a affirmé.

(36) Histoire des institutions et des régimes politiques de la France de 1789 à nos jours de Jean-Jacques CHEVALIER – Editions Dalloz - 1986

              On ne présente plus cet ouvrage de référence qui résiste à l’épreuve du temps …

(37) Pertes humaines pendant la Seconde Guerre mondiale — Wikipédia (wikipedia.org)

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