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ALLIANCE REPUBLICAINE DE PROGRES

VOUS NOUS AVEZ DECUS MONSIEUR LE PRESIDENT !

11 Novembre 2011 , Rédigé par Patrick CLEMENT

 

La rupture promise par Nicolas SARKOZY à l’occasion de sa campagne pour les élections présidentielles de 2007, nous l’attendions, nous l’espérions, nous en rêvions, tellement il nous avait fallu supporter le sentiment d’avoir raison trop tôt dans un monde où la pensée dominante écrasait toute velléité de remise en cause.

Et pourtant, Jacques CHIRAC était au pouvoir depuis 1995, avec cependant bien sûr l’intermède de 1997 à 2002. Mais sur le fond, seule la période 1986/1988 avait tenté de proposer une réelle alternative à un mouvement idéologique venu de loin.

Nous avons connu des périodes troublées qui n’ont pas toujours fait l’objet d’un regard bien lucide par le passé, au XXième siècle notamment. Une certaine frange de notre pays s’est ainsi illustrée par le refus de voir l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques sous son vrai jour, tout comme il fallut du temps pour d’autres avant de prendre conscience de la marche en avant du Parti National Socialiste conduit par Hitler qui avait défini dans MEIN KAMPF son projet politique, et de civilisation. C’est passionnant de découvrir dans ce livre les motivations profondes qui l’ont poussé aux choix qui ont été les siens. Bizarrement, cet ouvrage est encore interdit de lecture comme si le bon peuple n’avait pas le droit de comprendre librement.

Mais il est vrai que nous vivons une drôle d’époque où des choses peuvent nous surprendre. De manière un peu anecdotique, sauf pour ses habitants réduits pour la plupart d’entre eux à la pauvreté, Cuba fut longtemps considérée par notre élite bienpensante comme un lieu de villégiature à la mode alors qu’y sévissait une des plus belles dictatures encore existante. Comprenne qui pourra. Seul l’espoir fait vivre et il semblerait que les yeux s’ouvrent enfin. Mais comme d’habitude, c’est seulement lorsque le régime consent à évoluer que la vérité a droit de citer, notamment sous la pression constante des Etats-Unis qui ont su, une fois encore bien seuls, résister aux sirènes de l’attendrissement idéologique.

Mais nous voilà bien loin de nos terres ancestrales. Cela dit, ce détour est illustratif de ces errements passés, enfin si peu passés finalement. Aujourd’hui, nous n’en sommes pas là me direz-vous… Quoi que, qui sait ? Lorsque l’on se plonge dans l’histoire, tout le monde se croit assez intelligent pour tout déchiffrer et expliquer ce qu’il aurait fallu faire, mais lorsque l’on vit les événements au temps présent, la fin de l’histoire n’est pas écrite et cela devient plus compliqué. Eh oui ! Quelques exemples ci-dessous, non couronnés de succès malheureusement…

A quoi cela nous aura servi d’attirer l’attention sur l’immigration excessive qui menaçait clairement les fondements de l’équilibre de notre société ? Je me souviens de discussions enflammées qui laissaient consternés devant la naïveté de nos contradicteurs.

A quoi nous aura servi d’alerter sur le danger d’une expansion à marche forcée de l’Europe sans prendre le temps de la consolidation ? Maastricht s’était résumé à un débat pour ou contre l’Europe, alors qu’il s’agissait bien d’un débat pour quel Europe ? J’entends tout récemment encore dans la bouche de notre plus haut dirigeant des formules à l’emporte-pièce qui sonnent curieusement à mes oreilles et me rappellent cette époque-là. « Il faut converger sinon la paix sera menacée ». Peut-on en discuter ? J’espère. Sinon, quel drôle de débat. Le fédéralisme ou le chaos, en fait ? C’est un peu court, non. Et il y a d’autres moyens de construire une Europe qui nous arme mieux effectivement pour affronter le monde constitué de grands empires qui se dessine devant nous. Cela, personne ne le conteste. Mais depuis quand une seule voie est-elle possible ?

A quoi aura servi d’attirer l’attention sur le poids excessif de la dette de notre pays voici quelques dix ans en tout cas. A l’époque, on ne regardait même pas les autres pays européens, pour ce dont je me souviens. Mais la France, oui. Mais non en fait, car nos contradicteurs nous expliquaient, malgré tous les chiffres exposés clairement devant eux, que ce problème n’existait pas vraiment, ou en tout cas n’en constituait pas vraiment un. D’ailleurs, la presse ne s’en faisait pas l’écho, c’était donc bien la preuve qu’il n’y avait pas péril en la demeure. Eh oui, c’est du vécu. Je continue ?

Nous attendions autre chose en 2007, en matière d’immigration, d’Europe, de déficit public.

Vous nous avez déçus Monsieur le Président.

La rupture devait consister à mettre en place une politique audacieuse avec des ambassadeurs convaincus et nous avons eu l’ouverture. Il ne s’agit pas d’être sectaire mais cela ne correspondait pas au discours de campagne électorale. La rupture, ce n’est pas prendre les autres dans son camp même si cela peut apporter une satisfaction de les avoir fait venir. Je crois en la démocratie, je crois au débat, je crois aux élections et à l’alternance. Le doux rêve de croire que l’on peut tous gouverner ensemble est illusoire et dangereux car l’attente d’une alternative se présente toujours. Et sous quelle forme peut-elle alors se présenter si aucun mouvement politique ne l’incarne. Forcément, un mouvement politique se dessinera et finira par incarner l’alternance. Non, l’important est de hisser au meilleur niveau le débat pour que gouvernants et opposants puissent mieux élaborer leurs politiques ou leur propositions alternatives. Sachons enfin qu’en fonction de la tectonique des plaques politiques, les nouveaux convertis ne tarderont pas à regagner leurs terres si d’aventure elles apparaissaient mieux arrimer au bloc du pouvoir pour la fois suivante.

Vous nous avez déçus Monsieur le Président.

La rupture devait s’incarner dans un mouvement de fond pour renverser la vapeur et donner le sentiment qu’en France « les vaches étaient bien gardées »… Comment réagir alors face à une loi votée pour éviter que les délinquants condamnés à moins de deux ans purgent leur peine de prison, ou parfois dans les faits évitent toute forme de peine. En termes cavaliers, on pourrait parler de refus d’obstacle ! Nous attendions en matière de fraude sociale une politique ferme de grande ampleur pour mettre un terme aux multiples dérapages constatés depuis tant et tant d’années… En matière d’éducation, nous allions enfin pouvoir espérer un peu rééquilibrer la chape de plomb qui pesait sur ce qu’il fallait enseigner et comment l’enseigner. Silence, ne pas déranger, on tourne… la page !  Enfin, en matière de culture, nous aurions une autre musique de fond pour bousculer le leadership savamment entretenu depuis tant d’années. Oh là, pas touche ! Quant au pouvoir des médias, soit disant inféodés aux grands capitalistes propriétaires de journaux, ils verraient espérait-on souffler un vent nouveau porteur d’idées décapantes. Circulez, y a rien à voir !  L’environnement intellectuel n’a pas bougé je crois d’un iota à quelques exceptions près qui relèvent de la curiosité intellectuelle bien vite retombée, tel le soufflet ? Allez donc dans une librairie vous indigner avec HESSEL et on vous fera les yeux doux. Commandez un livre de Jean SEVILLIA ou de Philippe NEMO, et on vous regardera comme une bête un peu curieuse. Oui, je sais, quelques décennies de pente à remonter, c’est long, mais justement on pensait commencer un  petit peu à partir de 2007.

Vous nous avez déçus Monsieur le président.

La rupture en matière économique a-t-elle eu lieu ? Vous me direz que la crise économique est passée par là. Si l’on est plus que dubitatif pour ce qui concerne les réformes relevant spécifiquement du domaine régalien de l’Etat, on veut bien accorder les circonstances atténuantes car crise il y a eu, et crise il y a, et crise il y aura pour quelques années. Quoi que le pire n’est jamais sûr. Je me souviens de l’époque où notre super puissance, les Etats-Unis, allait en rabattre devant la montée en régime incontrôlable du Japon. C’était au début des années 80. Et qu’est-il advenu ? De dépassement, ou même de rattrapage en tout cas, il n’est plus question. On parle de la Chine désormais. Sérieux candidat certes. Mais aussi de l’Inde,… A chaque époque ses peurs et ses « épouvantails », ce qui ne veut pas dire qu’il ne faille pas aller de l’avant mais ce qui prouve tout simplement que les certitudes dans notre monde n’existent pas, surtout en matière économique ou géopolitique, et surtout désormais que notre monde « mondialisé » se développe à marche forcée. Mais nous allons aussi plus vite pour réagir. C’est notre défi. Comme je l’ai déjà dit dans un précédent article, à nous de savoir adapter le rythme des paramètres qui relèvent de nous. 

En tout cas, je ne suis pas sûr que la mesure de la pente sur laquelle nous étions engagés en 2007 ait été complètement intégrée. Il est vrai que le Président de la République s’est mué en globetrotter pour courir d’une crise à l’autre. On peut lui en accorder le crédit. Mais attention à la mousse qui est créée autour car l’action pourrait vite s’apparenter à de la gesticulation médiatique. Gare à la confusion des genres. Heureusement, quelques fées de la communication ont convaincu au moins que le ton saccadé de la campagne de 2007 ne convenait plus à un chef d’Etat aguerri. Il était temps. Surtout lorsque l’on voyait quelques ministres le mimer ouvertement...

Ces quelques remarques un peu décousues ne visent pas à tirer un bilan de ce quinquennat mais à faire état d’un mouvement d’humeur. Quel désarroi pour ceux qui y ont cru. Ils hésitent face à la tentation de s’opposer mais que c’est difficile de changer de camp et de se retrouver avec ceux qui font de la critique l’alpha et l’oméga, quoi qu’il advienne. J’avoue que la critique pour la critique, non, très peu pour moi ! Mais comment faire passer ses messages ? Comment crier sa déception sans tomber vers un bord ou l’autre, loin de ses rives familières. J’aime bien les souverainistes que je trouve intéressants mais ils glorifient trop selon moi le service public et sous-évaluent les apports du libre-échange. Le libéralisme n’est plus de saison mais il convient de savoir regarder ce que trop d’étatisme génère. Quant au socialisme, nous attendons sa mue pour voir ce qu’il en sortira. François HOLLANDE aura-t-il mérité d’incarner un homme d’Etat ou redeviendra-t-il la marionnette aux fils reliés directement au parti socialiste ?

Je prédis un grand désarroi de nos compatriotes pour le vote du premier tour des élections présidentielles. Comme nous y a habitués la Vème République, le second tour nous permettra en 2012 de choisir l’orientation politique des cinq années suivantes, en principe en tout cas. Mais gageons, comme se plaisent à le faire depuis un certain temps déjà les écologistes vis à vis de leurs alliés socialistes, que le poids des uns et des autres au premier tour permettra d’infléchir dans un sens ou dans l’autre les options finalement retenues. Alors, ce premier tour, non, ce ne sera pas juste un tour pour voir, ce sera le tour de force pour marquer ses idées et les évaluer à l’aune de l’ensemble de l’échiquier politique. Mais ne nous volez pas le débat légitime auquel nous avons droit. Que chacun puisse défendre ses positions et soit respecté en cela, notamment par la presse qui devra avoir à cœur de faire vivre la démocratie.

 

Patrick CLEMENT

Boulogne, le 11 novembre 2011

 

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