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ALLIANCE REPUBLICAINE DE PROGRES

VERS L’EVALUATION DES ELEVES A RISQUE DES 5 ANS…

15 Octobre 2011 , Rédigé par Patrick CLEMENT

A l’heure où j’écris, une jeune professeure de mathématiques s’est donné la mort à Béziers en s’immolant ! Aucun rapport avec le sujet de ces réflexions et il faut rester prudent sur l’ensemble des causes ayant conduit à ce geste mais tout de même. Au lieu de brandir toujours le levier des moyens humains et financiers, peut-être faudrait-il s’interroger sur des décennies d’une politique de l’éducation nationale qui a consisté à fragiliser l’autorité des enseignants. L’objet n’est pas ici de revenir sur ce point qui a été maintes fois développé par de meilleurs spécialistes que je ne peux l’être. A force d’expliquer aux élèves qu’ils ont des droits et que les professeurs doivent composer avec leur créativité, ceux-ci ont fini par comprendre que l’autorité des enseignants était fragilisée et ils se sont engouffrés dans la brèche, avec parfois le soutien complice de parents peu objectifs vis-à-vis de leur progéniture.

Aujourd’hui, je voudrais revenir sur le projet du Ministère de l’éducation nationale visant à évaluer les enfants de cinq à six ans en grande section de maternelle pour mesurer leur capacité à bien s’intégrer et à poursuivre des études dans de bonnes conditions. Inutile de dire que je suis comme toujours déprimé à la lecture des réactions du journal LE MONDE qui, comme d’habitude, s’indigne d’une telle tentative [article du 13 octobre]. Nous savons que les enfants sortent de l’école primaire avec un pourcentage important d’entre eux ne sachant ni lire ni écrire, ou en tout cas mal, et il ne faudrait pas tenter de résoudre ce problème ?! Mais plutôt que les grands discours moralisateurs devant une telle situation, je poursuis comme d’habitude, en tout cas j’essaie, mon chemin qui s’inscrit dans la vérité des faits, vécus au quotidien.

Voilà tout simplement mon expérience personnelle. En 1997, mon fils de 5 ans était en grande section de maternelle dans une école publique de Boulogne. Fidèle à mon esprit républicain et à mon parcours personnel dans des établissements publics, comme celui de mon épouse, nous avions souhaité l’inscrire dans une école publique alors que l’offre en établissements privés était florissante sur la ville. Vers la fin de l’année scolaire, un jour où j’accompagnai mon fils à l’école, je le laisse partir dans la cour de récréation et quelle ne fut pas ma surprise, pour être correct, de le voir reçu d’un coup de poing au visage par un des camarades du groupe qu’il avait rejoint. Je décidai alors par pur réflexe de le retrouver et de menacer l’auteur du coup d’avoir affaire à moi s’il recommençait. Ce qui manifestement produisit son effet en ce qui concerne mon fils qui ne fut plus importuné jusqu’à la fin de l’année.

Quelques jours plus tard, je découvrai une petite affichette expliquant qu’il était interdit aux parents de pénétrer dans la cour de récréation, ce que du reste je comprends tout à fait. Etait-ce dû à mon intrusion, je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que lorsque j’ai eu l’occasion de parler à la maîtresse de ce garçon qui, petite précision d’ailleurs, venait à l’école affublé d’un chapeau noir (à cinq ou six ans !), celle-ci m’expliqua à l’issue de mon récit que cet élève était effectivement un élément perturbateur bien connu d‘elle et de l’établissement mais qu’elle ne pouvait rien faire face à ce genre de situation. Il est comme cela, en d’autres termes, un point c’est tout.

J’avoue que je ne me suis pas satisfait de cette explication qui ressemblait à une démission. Je suis donc monté d’un cran dans la hiérarchie de l’école pour m’entretenir avec la directrice. Et quel ne fut pas mon étonnement de constater que la même réponse me fut faite. En conséquence de quoi, j’annonçai mon intention de réfléchir à retirer mon fils de ce groupe scolaire pour l’inscrire dans un établissement privé. Ce que je fis.

Bien sûr, me direz-vous, une mauvaise expérience ne peut constituer à elle seule une règle. Mais regardez alors le nombre de parents inscrivant leurs enfants dans des écoles dans le privé ou souhaitant le faire. Quel gâchis. Encore une fois, je ne vais pas faire le procès de l’éducation nationale et de ces décennies de dérive mais tout de même, le constat est là. Et ne parlez pas de moyens. L’IFRAP (Institut Français pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques Publiques) a démontré dans un récent article accessible sur son site que le nombre d’élèves par classe était plus important en 1980 qu’il ne l’était en 2010 (en maternelle, au cours élémentaire, au collège et au lycée) [article mis en ligne le 28 septembre : www.ifrap.org ].

Non, surtout, l’objet de mon article est bien de rappeler que, contrairement à la position quasi idéologique adoptée par LE MONDE malheureusement, le débat mérite bien d’être posé et qu’effectivement, ce que reconnait l’auteur d’ailleurs, les maîtresses sont en capacité de repérer les cas difficiles dès cet âge-là. Mais alors, pourquoi ne pas accepter que cela soit formalisé et organisé de manière scientifique. D’une part, pour pouvoir engager des mesures correctives et d’autre part, pour en tirer si possible des enseignements afin de mieux comprendre ce qui peut être à l’origine de ces dérives comportementales ou de ces faiblesses identifiées en matière de capacité d’apprentissage. Vraiment, cela me semble tellement logique. Ou est-ce que cette logique vient heurter le consensus du non-dit ou des vérités cachées...

Alors, je recommande au Ministère de l’éducation nationale de ne pas se laisser impressionner comme d’habitude par les professionnels du constat des difficultés et de l’incapacité à tenter de les surmonter avec courage et de manière méthodique. D’ailleurs, sans vouloir ramener le débat à un sujet financier, est-il normal tout de même que des milliers et des milliers de français payent par leurs impôts pour un service public de l’éducation nationale tellement insatisfaisant qu’il soient obligés d’aller payer une nouvelle fois pour un enseignement de qualité, dans le privé, en dehors de toute considération religieuse pour une grande partie d’entre eux.

Voilà le vrai problème.

Patrick CLEMENT

Boulogne, le 15 octobre 2011

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