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ALLIANCE REPUBLICAINE DE PROGRES

UN CONSTAT POLITIQUE S’IMPOSE : L’INCOMPREHENSION PERSISTANTE ENTRE LES DIRIGEANTS DES PARTIS POLITIQUES ET LEUR BASE

24 Avril 2012 , Rédigé par Patrick CLEMENT

 

J’ai déjà eu l’occasion de le dire à propos du parti socialiste qui n’a pas su procéder à sa révolution culturelle en faveur d’une social-démocratie assumée pour pouvoir en convaincre les électeurs de son bien-fondé et, par ailleurs, renoncer à des positions sociétales, notamment en matière d’immigration, qui ne sont pas nécessairement partagées par les élus locaux, ainsi que par les militants et les sympathisants. A force de ne pas écouter les français, ils se sentent obligés de hurler, et même de hurler avec les loups diraient certains.

Ce déni de réalité du parti socialiste dans son positionnement a permis de favoriser la renaissance d’une gauche communiste, le Front de Gauche, qui prône des recettes éculées mais qui peuvent séduire un électorat dans le désarroi auprès duquel l’effort d’explication et de conviction n’a pas été mené en temps ordinaire, hors compétition électorale. Et quel drôle de pays que le nôtre – inconscient ? - qui observe avec amusement la montée d’une force politique que d’aucuns qualifieraient sous d’autres cieux d’extrême gauche (qu’est-ce que la gauche de la gauche, sinon l’extrême gauche…) par opposition au Front National, affublé du titre d’extrême droite sans état d’âme.

La droite, quant à elle, a commis le même pêché en négligeant les appels de détresse d’une population étranglée par la crise économique et désorientée par les choix de société adoptés, ou les non choix de société, ainsi que par ses tremblements convulsifs à l’idée d’évoquer le thème de l’immigration, l’insécurité étant un mot tout de même plus facile à prononcer pour elle, bien qu’avec d’infinies précautions.

Et là encore, c’est seulement en se tournant vers le Front National qu’il devenait possible pour une base ainsi négligée de faire entendre sa voix, c'est-à-dire pour ceux qui criaient leur désespoir face à la crise et qui pouvaient en juger en partie responsable la forte pression migratoire, au contraire des électeurs du Front de Gauche qui n’imputaient pas à ce phénomène la cause de leurs maux. Et également ceux qui voyaient avec effarement leur pays glisser vers une pente fédéraliste européenne laissant ainsi prendre corps un sentiment d’abandon vis-à-vis de tout ce qui faisait leur vie - leur mode de vie même - ainsi mise à mal, sans que personne ne vienne les défendre véritablement.

En l’occurrence, on ne peut que constater le même réflexe de la "bien-pensance" voulant fustiger un parti qualifié d’extrême droite simplement par le fait qu’il place la défense des intérêts souverains du pays et de sa population au premier rang de ses préoccupations. Certes, il reste encore à Marine LE PEN le dernier coup de collier à donner pour gravir le col de l’incarnation de ce parti et s’engager sur une voie qui tournera définitivement le dos aux fautes du passé. Fautes ? Oui, fautes ! J’ai déjà eu l’occasion là aussi de m’en expliquer mais si je comprends les français dans leur demande compulsive qui vient nourrir ce courant politique, je dénonce les deux pêchés originels de ce mouvement qui sont imputables à son leader. Etablir un bon diagnostic du malade ne suffit pas à proposer les bons médicaments et surtout la bonne stratégie de sortie de la maladie.

Jean-Marie LE PEN a eu selon moi le tort d’alimenter l’image xénophobe et antisémite de son parti, contribuant ainsi à écarter de lui pendant des années toutes celles et tous ceux qui pouvaient partager ses analyses mais qui ne pouvaient pas se retrouver dans ses prises de parole parfois outrancières, assimilables à des irruptions volcaniques détestables. Il a ainsi fait le jeu de la gauche – qui ne s’est pas privé d’agiter le chiffon rouge devant le taureau énervé - et fait durablement fuir une droite qui ne pouvait pas se reconnaître dans ces excès populistes et vulgaires. On en voit encore les effets aujourd’hui, malgré le travail récent fourni par Marine LE PEN, qui se traduisent par un rejet de ce mouvement politique qui touche encore même ceux qui n’adhérent pourtant pas au flux idéologique déversé par une classe intellectuelle et médiatique largement immergée dans un courant politique de gauche. Les dégâts sont considérables et durables.

L’autre tare imputée à la stratégie menée par Jean-Marie LE PEN est d’avoir été un dirigeant politique médiocre, en ignorant totalement la réalité pour construire une forteresse qui se réduit au fur et à mesure que l’espace s’agrandit tout autour ; et cela malgré le constat, éphémère selon moi, de ces nombreux électeurs qui, comme au temps médiéval, viennent se réfugier dans la forteresse du seigneur pour fuir l’ennemi qui déferle. Même Charles de Gaulle, aux idées pourtant je crois bien arrêtées…, a su et dû composer, on le sait parfaitement, avec des forces qui n’exprimaient pas, c’est le moins que l’on puisse dire, ses convictions profondes. Il a même eu la force de caractère de se retirer pour mieux revenir avec une stratégie politique de conquête et de rénovation bien affirmée, intégrant le jeu qui était le sien et les contraintes qu’il fallait surmonter. Jean-Marie LEPEN s’est enfermé dans ce qui, finalement, correspondait à sa personnalité profonde : une réelle lucidité face au renoncement avéré des élites politiques mais une incapacité totale à trouver les voies et moyens de construire un projet politique qui puisse réunir les conditions du succès, en sachant notamment composer avec les autres forces politiques en présence. C’est la différence entre un homme d’Etat et un tribun perspicace mais sans réelle vision constructive. Bref, c’est la différence entre le sous-officier capable de coups d’éclat sur le front et le stratège militaire qui dirige la bataille en recherchant l’issue favorable. L’un et l’autre ont du mérite mais leurs rôles sont différents et ne sont pas interchangeables.

En tout cas, aujourd’hui, pour peu que Marine LE PEN s’affirme, il ne sera plus possible de qualifier son parti politique d’extrême droite mais de parti souverainiste attentif au sort des français plus que tout, avec des solutions dont il conviendra de discuter, qu’elles aillent du protectionnisme à la préférence nationale. Toutes solutions qui doivent rentrer dans le champ du débat démocratique et non du rejet par principe idéologique, voire sectaire. Tout comme il n’est pas interdit de proposer le collectivisme ou l’éradication du capitalisme comme options de société, en acceptant de soumettre ces dogmes à la controverse et surtout à l’épreuve du passé. Donc, en dehors de mouvements politiques qui prôneraient la violence ou d’autres formes d’intolérance clairement affirmées, je ne juge pas opportun de parler de partis extrêmes au sens où le terme extrémisme est reçu dans le langage courant. Je ne sais pas, par contre, si Marine LE PEN sera suivie par son entourage et ses partisans en poursuivant son engagement sur ce chemin plus exigeant car moins « racoleur », au sens où il est toujours plus facile de surfer sur une vague de mécontentements que d’engager son navire en pleine mer pour assurer une traversée complète.

De ces deux grandes constatations, je tire un enseignement. La gauche, avec la complicité encore une fois d’un système politico-intellectuel-médiatique bienveillant, ne se gênera pas pour rassembler les forces composites qui l’animent aujourd’hui. Et cela, sans cas de conscience manifestement, malgré les grands écarts et les invectives internes qui l’ont secouée. Tandis que la droite va se heurter de nouveau, si l’on en croit la position qu’adoptera Marine LE PEN dans sa stratégie politique d’implantation durable dans le paysage politique, au même écueil dressé naguère par son père. Car, finalement, comme je l’ai indiqué plus haut, cette attitude stérile d’entêtement a toujours valu à la gauche de l’emporter ou à la droite tétanisée de courber l’échine. Mais le résultat – est-ce du cynisme absolu ?- c’est bien de favoriser la mise en œuvre des solutions que rejette pourtant cette droite nationale, que ce soit sur le plan de la souveraineté, des problèmes d’immigration ou d’insécurité, ou bien des question sociétales.

Alors, si les solutions communistes doivent avoir droit de citer et si les questions liées à la défense de la souveraineté méritent également débat, j’encourage les deux candidats, pour le bien même du pays, à oser s’affranchir de leur chaînes partisanes en adoptant un langage de vérité, l’un et l’autre, pour définir ou confirmer la voie qu’ils nous proposent. Aux français alors de juger. Ce sont deux options clairement différentes qui leur sont offertes – si elles sont assumées jusqu’au bout - et qui nous engagent à terme vers un modèle de société par conséquent différent. Et si les électeurs du Front de gauche voteront bien François Hollande, semble-t-il avec des pincettes pour certains, j’invite les électeurs, non pas forcément partisans du Front National, mais qui se sont exprimés de manière circonstancielle au premier tour en faveur de Marine LE PEN, à bien mesurer le poids de leur vote. Car, depuis trente ans, je désespère de voir cette même stratégie nous conduire toujours aux mêmes résultats énoncés plus haut, à savoir le contraire de ce qui semble être espéré par ces électeurs. C’est bien de cela dont il faut parler. Et je fais partie de ceux qui croient que, passé le moment de hurlement, viendra le ressac de la vague bleue marine si elle reste isolée (une vague seule ne fait pas la marée), comme d’habitude, c’est à dire l’arrivée d’une majorité de gauche, doublée d’une minorité de droite rassurante et tout à coup galvanisée dans l'opposition. Le Front National reviendra alors à son étiage habituel et aura une nouvelle fois favorisé la cause de ceux qu’il est censé au fond combattre le plus.

A Nicolas SARKOZY de savoir convaincre les français des vraies options en lice. A François HOLLANDE de tenter de maintenir son cap si c’est vraiment sa conviction…

 

Patrick CLEMENT

Boulogne, le 24 avril 2012

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