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ALLIANCE REPUBLICAINE DE PROGRES

NATION ET RELIGION

24 Septembre 2011 , Rédigé par Patrick CLEMENT

 

Nation et Religion sont des notions d'une telle richesse et d'une telle diversité qu'il convient d'avertir le lecteur que nous nous bornerons dans cet article à définir nos pistes de réflexion et à dessiner les orientations sociales et politiques, voire même philosophiques, susceptibles de guider notre action quotidienne .

 

Poser le problème de la coexistence entre l'appartenance à la Nation et l'adhésion à une Religion revient à définir l'équation consistant à juxtaposer le sentiment d'appartenance à une communauté humaine dans laquelle l'individu assume son rôle de citoyen et l'élan religieux qui, de par sa transcendance et sa nature, l'entraîne sur un chemin d'une autre dimension dont l'enjeu spirituel se traduit sur terre par l'aspiration à donner un sens à la vie au-delà même de son parcours terrestre .

 

Ce débat est fondamental à l'heure où le concept de Nation tend à perdre de sa vitalité en raison d'un monde aux contours radicalement différents créé notamment par l'émergence des nouveaux moyens de communication dans cette seconde moitié du XXème siècle, ayant conforté le sentiment d'appartenance à une communauté internationale qui ne fera que croître dans les décennies à venir, à moins d'un nouvel accident de l'histoire .

 

Parallèlement, je pense que dans un avenir plus ou moins lointain, la Religion dans sa forme actuelle tendra à évoluer vers une spiritualité exprimant progressivement le passage d'une adhésion collective à une pensée religieuse vers une vie spirituelle déclinée principalement au singulier (sans pour autant nier le rôle des institutions religieuses et en évitant les déviations que peuvent représentées les sectes), même si les soubresauts violents de cette forme collective de spiritualité mettent aujourd'hui en péril une évolution inscrite dans le temps dont une étape vitale sera marquée par le rapprochement des courants religieux dans un esprit de respect mutuel .

 

Ainsi, la route est tracée au long terme mais les obstacles évoqués donnent une claire conscience des efforts à déployer aujourd'hui pour maintenir le cap et offrir la clé de cette évolution à l'ensemble de la population grâce à la diffusion universelle de la culture et du progrès. Au plus près de nous surgit le risque de confrontation entre Nation et Religion, dont le mariage heureux par la République, laïque, reste encore une exception dans un monde éminemment fragile, tout en admettant que d'autres modèles de développement sont possibles pour atteindre  le but de notre voyage .

 

L'équation Nation-Religion est un débat ancré dans l'idée même de société, sous des dénominations historiquement et géographiquement variables, dont la résolution appelle une réflexion sur le sens que l'on souhaite donner à la vie.

 

La dimension virtuelle de la Nation, traduisant la volonté de vivre ensemble sur un même territoire en construisant un avenir commun, n'en comporte pas moins une dimension héroïque bien réelle puisque c'est en son nom que des hommes ont donné leur vie et ont assuré notre liberté. La Nation, par la noblesse des sentiments qu'elle a su inspirés, est un ciment précieux qui a assuré l'unité de notre pays.

 

Cependant, la Nation française s'est développée dans une mouvance judéo-chrétienne. Et rappelons-nous qu'en d'autres temps, pouvoir spirituel et pouvoir temporel étaient entremêlés. Le pouvoir spirituel a su se détacher de ces contingences terrestres en prônant l'acceptation de ne diriger les hommes que sur le plan de leur conduite spirituelle. Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu : Saint Augustin dans la Cité de Dieu s'est fait l'avocat le plus ardent de cette maxime. Pourtant, la Religion s'est trouvée au cœur de conflits qui restent gravés dans notre mémoire collective. Enfin, je crois que la Révolution Française, nonobstant la consécration de l'Etre Suprême, portait en germe la séparation de l'Eglise et de l'Etat qui devra attendre 1905 pour être consacrée par le législateur (l'Alsace conservant encore aujourd'hui le régime particulier du Concordat). Cette République, laïque, nous a fait entrer dans une phase nouvelle de notre civilisation occidentale afin de permettre à chacun d'assumer en toute quiétude ses convictions religieuses au cœur de la Nation.

 

De nos jours, la question de l'émergence de la religion musulmane comme religion représentative en France nous rappelle que le débat Religion-Nation est encore et toujours d'une brûlante actualité. Ainsi, il est prudent de se demander quelle serait l'attitude d'une certaine partie de la communauté musulmane en cas de conflit d'intérêt sérieux avec un pays musulman. Il nous faut en effet constater que la priorité donnée à l'idée d'être musulman avant d'être français commence à apparaître. Et pour prendre l'exemple yougoslave, il n'est pas inutile de rappeler que l'immense majorité des musulmans se déclarèrent "nationalement indéterminés" en 1948 au moment où Tito leur offrit la possibilité d'être "Serbes musulmans" ou "Croates musulmans".

 

Il est essentiel de bien comprendre cependant que les situations vécues actuellement en Yougoslavie ou au Liban par exemple nous montrent que ce débat dépasse largement le cadre de telle ou telle Religion à incriminer. Ainsi chacun d'entre nous doit se poser la question de savoir quelle serait son attitude dans l'éventualité où l'autorité politique en place prendrait des mesures allant à l'encontre de ses propres convictions religieuses. La hiérarchie, légitime pour un républicain, entre Nation et Religion n'est pas assurée pour toujours. Pour revenir en France, la position du Pape, par exemple, sur la question des essais nucléaires a eu un effet certain sur la communauté catholique. Mais que serait-il advenu de ce débat dans une France aux contours religieux, et notamment catholiques, plus ancrés dans le respect des recommandations énoncées par l'église ? Le souvenir du débat sur l'avortement trouve encore aujourd'hui des prolongements concrets.

 

D'autre part, nous ne devons pas oublier que notre modèle politique de développement, à l'occidentale, n'est pas universel et encore moins irréversible. Ainsi, l'examen des faits nous montre que la notion orientale du pouvoir est toute imprégnée de considérations spirituelles pour ne pas dire que le pouvoir temporel est inféodé dans une certaine mesure au pouvoir spirituel. Les difficultés rencontrées notamment par les pays orientaux en voie d'évolution vers une forme de laïcité sont le reflet de la fragilité que ce type d'organisation politique rencontre à travers le monde.

 

Mais n'hésitons pas à évoquer de nouveau le caractère universel d'une telle problématique en affirmant qu'il serait intéressant de connaître la position d'une minorité chrétienne vivant dans un pays de confession religieuse différente, lequel serait engagé dans un conflit avec un autre pays de confession chrétienne celui-là. Dans une optique plus religieuse, citons les Croisades qui ont mobilisé la chrétienté d'Europe au début de ce second millénaire. De même, et sans entrer dans un débat complexe, la Religion juive puise sa force bien au-delà du territoire géographique qui est censé en assurer son identité matérielle.

 

Cette large diversité de socles religieux accueillant ou non l'idée de Nation doit nous faire comprendre à quel point il est vital de nous entendre pour que nos conceptions parfois, et même souvent divergentes, de la société ne compromettent pas la liberté de chacun dans le choix du sens qu'il souhaite donner à sa vie. Ne soyons pas naïfs, la route est longue et parsemée d'embûches. Permettons nous de souligner tout de même à quel point l'idée de République laïque est un grand pas en avant et d'espérer que ce type de modèle, ou d'autres modèles dans la mesure où cet état d'esprit est respecté, doit être défendu à travers le monde. Avec la République, tout citoyen accepte des règles communes qui assurent la cohésion de la Nation au-delà des clivages religieux. Encore faut-il que les pouvoirs religieux n'interfèrent pas dans les affaires de la vie civile, tout en ayant conscience que la frontière est floue et toujours susceptible d'être franchie.

 

Le point de friction est aujourd'hui concentré sur le passage progressif et étalé dans le temps de Nations indépendantes, et parfois opposées entre elles, à une "Nation" de dimension mondiale respectant des valeurs communes de développement et aspirant au long terme à un idéal commun dont l'horizon matériel s'élargira dans le futur à l'univers.

 

Citoyen du monde à la recherche de la vérité première sur le sens donné à la vie, tel est le devenir de l'être humain dont le mode d'organisation de la société doit permettre de préserver cette quête au risque de ne jamais entrevoir la lumière pour certains ou de ne pas parvenir au terme de sa mission spirituelle pour d'autres. Nation et Religion sont appelées à se fondre l'une et l'autre au profit d'une organisation sociale offrant à l'individu toute liberté pour assurer cette quête.

 

Patrick CLEMENT

Fait le 12 février 1996

 

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