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ALLIANCE REPUBLICAINE DE PROGRES

CONTRIBUTION DANS LE CADRE DU DEBAT SUR LA TURQUIE (SUITE)

24 Septembre 2011 , Rédigé par Patrick CLEMENT

  

L’Europe sans peuple ! N’est-ce pas là le plus grand motif de désillusion que nous laisse entrevoir le débat actuel sur le début des négociations avec la Turquie pour son adhésion à l’Union européenne. Il nous sera permis de penser que les dés sont maintenant jetés en ce qui concerne nos gouvernants, et cela dans la grande majorité des pays européens. Mais le vide démocratique révélé par cette méthode de gouvernement, cette gouvernance dont on se plait à nous vanter les mérites au quotidien, éveille en nous quelque sentiment d’amertume.

 

D’abord, devant le gâchis de ce qui peut apparaître pour nos amis turcs comme une hostilité déclarée, qu’ils sont prêts à mettre sur le compte de leur croyance religieuse. Or, refuser aujourd’hui leur entrée dans l’Union européenne pour pouvoir mieux les associer dans le cadre d’une Alliance européenne de pays proches de l’Europe, ne signifie en rien un rejet. C’est véritablement un choix de projet politique cohérent pour l’Europe. Ensuite, parce que, jour après jour, débat après débat, traité après traité, le rôle des peuples semble se réduire de plus en plus à la portion congrue. Hier, les jeux romains permettaient d’amuser les foules, aujourd’hui, on a le sentiment que les referendums sont devenus la marionnette agitée par nos gouvernants. Comment refuser décemment l’entrée de la Turquie à l’issue des négociations d’adhésion qui vont s’engager vraisemblablement demain ? Enfin, parce que l’Europe, notre création, nous échappe. La preuve nous en est donnée aujourd’hui par ces élus qui se cabrent, épaulés en cela par une grande partie de la population, devant ce qui ressemble à une partie jouée d’avance. Je conçois bien que l’idée de confier les rennes du pouvoir à une technostructure éclairée présente de multiples avantages pour gouverner tranquille. Cependant, l’histoire montre que la démocratie a ses défauts mais qu’elle joue le rôle d’amortisseur pour assurer l’adhésion du peuple au projet que portent les gouvernants. Et l’histoire montre aussi que le peuple sait se rebeller lorsqu’il est oublié.

 

Au-delà de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, la question est encore une fois posée de savoir ce que nous voulons faire de l’Europe. Manifestement, une autre Europe que celle qui était envisagée lors de sa fondation. Après tout, pourquoi pas ? Mais encore faudrait-il alors en débattre et préciser les contours de ce nouveau projet. Ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs. Encore une fois, ne nous trouvons-nous pas devant une construction que, de fait, nous ne contrôlons plus, nous français, et bien d’autres peuples ou Etats. Ce tourbillon vers l’avant est-il pensé ? Et si oui, pourquoi ne pas nous en convaincre pour que nous l’accompagnions de notre mieux ?

 

On peut ainsi imaginer que le monde devenant de plus en plus globalisé, notre réponse soit de s’appuyer sur des entités peu homogènes au fond mais qui confèrent une taille jugée suffisante pour engager la discussion avec nos puissants partenaires mondiaux, dans un monde multilatéral. Pourtant, la différence entre les uns et les autres est importante. Ces partenaires sont eux soudés, unis par un véritable sentiment commun d’appartenance au même « pays », pour ne pas dire patriotique.

 

Nous voilà retombés sur la nécessité de créer un effet d’entraînement des peuples qui demain devraient constituer un véritable peuple européen. Faute de quoi, notre belle construction se révèlerait être éphémère et, qui plus est, source de conflit en son sein. Le temps ne résout pas tous les problèmes. Et, le temps, il nous en manquera par ailleurs car ce phénomène de globalisation, naturel et au demeurant bénéfique parce que porteur de progrès, développera ses effets plus vite que le temps nécessaire à fabriquer un peuple européen. Prenons garde par conséquent aux enjeux européens qui se révèlent de plus en plus sensibles pour notre avenir.

 

Patrick CLEMENT

Boulogne, le 11 novembre 2004

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