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ALLIANCE REPUBLICAINE DE PROGRES

CONTRIBUTION AU DEBAT SUR LE PORT DU VOILE (SUITE)

24 Septembre 2011 , Rédigé par Patrick CLEMENT

  

Lettre à nos compatriotes musulmans

 

Supplique à M. BEN LADEN

 Lettre à nos compatriotes musulmans :

Cette lettre s’adresse à nos compatriotes musulmans qui viennent d’acquérir la nationalité française ou qui sont français depuis peu au regard de l’histoire de notre pays ou, éventuellement, pour ceux d’entre eux qui sont français depuis plusieurs générations et ont embrassé la religion musulmane, mais pour eux mes paroles auront une résonance déjà familière :

 

«   Pour comprendre notre appréhension à l’égard du port du voile à l’école et à l’égard de toute pratique religieuse qui dans son expression peut nous interpeller dans les lieux publics, il faut revenir aux racines de notre République, la République éclairée. La République recueille aujourd’hui, je l’espère, un large consensus ce qui ne m’empêche pas de penser que la Monarchie a aussi représenté en son temps une avancée dans l’histoire que l’on ne peut supprimer tel le maillon d’une vaste chaîne.

 

Les constituants de 1789 ont voulu à l’époque créer un nouveau cadre de vie. Chacun le sait bien mais ce qui m’importe ici, au-delà des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, c’est cette volonté de forger un homme nouveau, comme cela arrive de manière cyclique dans notre histoire. On sait bien tout le potentiel positif, mais aussi malheureusement négatif, que cela peut représenter. Mais souvenons-nous ensemble ! Rappelons-nous l’état d’esprit de l’époque à travers les théories de Saint-Just, par exemple, qui voulait assurer aux enfants une éducation loin de leurs parents afin qu’ils puissent s’imprégner au mieux des nouvelles valeurs révolutionnaires. Dans un autre contexte, je crois que l’école de la République à laquelle on a coutume de se référer, pour porter l’ambition d’une égalité de traitement de tous les enfants, quelle que soit leur origine géographique, leur croyance religieuse ou leur condition sociale, prend sa source directement dans cet élan de 1789.

 

Ironie du sort, la République qui est une chance, est ainsi paradoxalement un privilège à préserver précieusement. Au contraire de la République voulue par les constituants américains, et placée sous « l’Autorité de Dieu », nous avons évolué vers une République laïque que je conçois comme étant un concept éminemment moderne et universel car, me semble-t-il, peut-être plus respectueux d’un effort d’intégration au détriment d’une logique communautariste. Bien que moi-même catholique (donc, aux origines, juif devenu chrétien), je crois que cette option significative de notre civilisation est une avancée car elle devrait nous prémunir des conflits de religion. Cela dit, on a toujours du mal à comprendre comment les hommes s’affrontent au nom de « leur » Dieu puisque, si Dieu existe, il est par essence unique. C’est ainsi que les affrontements de religion sont plus à mon sens l’étendard des querelles entre les hommes.

 

Mais revenons à notre République, laïque, et poursuivons notre raisonnement pour nos compatriotes musulmans. Nous qui sommes catholiques, protestants, juifs, athées, … ou musulmans ; nous qui sommes riches ou pauvres, … ; nous qui sommes de type européen, africain, maghrébin, asiatique, … ; nous sommes réunis, ensemble, pour partager un même destin, en France. A nos nouveaux compatriotes musulmans, nous disons bienvenue en France. La France vous a accueillis ou vous accueille mais, à travers la France, cela reflète le choix des citoyens français réunis dans une communauté de destin grâce à la République française, garante d’un respect mutuel et d’une vision commune de leur avenir.

 

Oui, c’est vrai, nous ne parlons pas tous d’une même voix et nos débats sont permanents comme par exemple en matière d’éducation, et notamment dans son rapport avec le fait religieux. Ainsi, à côté de ce que l’on peut qualifier le régime de droit commun, coexistent des écoles catholiques, juives, musulmanes, …, avec ou sans contrat d’association, c'est-à-dire plus ou moins contraintes dans leur mode d’organisation scolaire. Mais c’est pour nous un signe de tolérance, en tout cas c’est ainsi que je le conçois, et cela signifie : si vous n’êtes pas encore prêts ou si vous êtes déçus ou si pour vous les préceptes religieux passent avant notre ambition républicaine, nous l’acceptons. Mais il va de soi que c’est en pensant que cela restera l’exception car ce modèle républicain est celui qui doit nous permettre à tous de vivre en paix dans le respect des croyances des uns et des autres. La règle selon laquelle « la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres » s’applique fondamentalement à la liberté religieuse, et l’Etat doit être le garant de cette valeur républicaine qui préserve d’ailleurs la liberté de choix des uns et des autres.

 

Le port du voile à l’école publique va à mon sens à l’encontre de ce bloc inaliénable et intangible qui nous lie tous ensemble, tel un contrat social. En effet, cette revendication est perçue par nous comme un des signes annonciateurs d’une revendication plus que religieuse, une revendication communautariste. Et c’est cela qui nous inquiète car notre histoire est au cœur de notre pensée. Cette obsession du passé pour penser le présent nous anime bien plus que toute motivation que d’aucuns pourrait assimiler à une forme de rejet de l’autre, de ce que nous ne comprendrions pas ou d’un manque de respect ou de tolérance vis à vis d’une religion que nous connaissons mal. Nous sommes prêts à discuter, à mieux connaître votre religion, mais les cicatrices qui sont les nôtres, ne nous demandez pas de les effacer. Le lent travail de sédimentation réalisé grâce à l’expérimentation historique, ne nous demandez pas de le nier. Nous ne savons peut-être pas ce qu’est la vérité mais nous savons ce que nous ne voulons pas qu’elle soit (guerres de religion,…). Et c’est déjà essentiel.

 

Voilà ce que nous voulons vous faire comprendre, non parce que, encore une fois, vous êtes aujourd’hui parmi nous une minorité, car alors ce serait vous pousser vers des formes de repli sur vous-mêmes, des formes d’extrémisme, voire de violence. Or,  nous voulons vous faire comprendre que c’est aussi votre intérêt à vous. Comme nous vous l’avons rappelé, nous avons nous-même payé cher pour le comprendre. Minorité vous êtes, mais majorité vous pourriez être, et nous penserions et défendrions les mêmes valeurs. Et quand bien même, dans un tel combat, nous serions réduits au silence, vous découvririez par vous-même que la vraie voie d’avenir, c’est celle du progrès même s’il fallait dans une telle hypothèse plusieurs années, voire plusieurs décennies pour le comprendre. Et alors naîtraient les formes de rébellion au coeur même d’un tel ensemble, rebellions communautaires ou religieuses, qui vous amèneraient à penser que, oui, décidément, le modèle républicain est bien celui qui nous permet à tous de vivre ensemble en harmonie. Et j’étendrai le raisonnement à tous ceux, bien évidemment, dont l’organisation institutionnelle revêt des formes différentes, monarchies constitutionnelles, … tant que l’essence de ce principe de vie commune est préservée.

 

Dans cette logique, il nous faut protéger l’école de toute intrusion étrangère à son objet. Car il faut permettre à tous d’être traité sur un pied d’égalité et d’être en mesure un jour d’assumer sa liberté de choix politique et religieuse. Cela passe d’ailleurs par un enseignement des religions à l’école.

 

Alors, pourquoi une loi ? Une loi est nécessaire car la jurisprudence du Conseil d’Etat ne permet plus d’avoir une égalité de traitement devant le service public de l’Education Nationale. Mais cette loi peut s’intégrer dans une législation plus générale portant sur notre système d’éducation et faisant référence à un exposé des motifs qui exprime clairement la nécessité de l’intégration.

 

Intégration ! Poursuivons notre chemin afin de rayer de notre langage la référence à la « communauté musulmane » sauf lorsqu’il s’agit de désigner la communauté des croyants musulmans. Bien entendu, pour certains d’entre eux aujourd’hui les plus nombreux en France, ce sera plus long que pour nos compatriotes venus d’autres pays et à l’apparence plus similaire à la très grande majorité des citoyens installés depuis des siècles, mais c’est l’orientation que nous avons choisie en 1789.

 

Il faudra par contre avoir le courage de dénoncer les comportements qui ne nous semblent pas conformes aux règles de vie commune, et cela avec la plus grande rigueur et avec beaucoup de persévérance. Il ne faut pas avoir peur de dire que la vulgarité, l’agressivité, … ne doivent pas constituer des points de repère pour ceux qui en manquent déjà cruellement. Et cela vaut pour tous bien évidemment, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes ; qu’ils soient de type européen, africain, nord-africain, asiatique, …

 

Nous devons préférer leur proposer un chemin plus dur certes, qui requiert effort, maîtrise de soi, recherche du mieux, même quand cela n’est pas facile et que les obstacles sont nombreux. A ceux là nous dirons alors notre sympathie. Notre monde est le leur. Bienvenue parmi nous. Ce n’est pas un monde enchanté, pour notre divertissement, c’est notre monde et il est précieux.

 

Voilà le pacte républicain que nous leur offrons. Voilà le pacte républicain qui nous rassemble tous comme des compatriotes.   »

 

 

Supplique à M. BEN LADEN :

 

Et pour tous ceux qui pourraient se laisser aller à croire que la violence, telle que BEN LADEN la conçoit, est une voie qui peut répondre à leurs aspirations profondes, je leur livre cette supplique destinée à BEN LADEN :

 

«   M. BEN LADEN, vous ne me connaissez pas et je ne vous connais que trop. Pourquoi tant de haine ? Pourquoi tant de morts innocents ? Je comprends que vous ayez mal parce que le

monde ne vous semble pas conforme à ce que Dieu veut, selon vous, mais ne vous êtes-vous jamais posé la question de ce que Dieu voulait vraiment.

 

Si ce monde vous heurte fondamentalement, c’est votre droit le plus strict d’exprimer vos griefs à son encontre et de faire en sorte de convaincre ceux qui veulent, comme vous, mettre en place une société plus conforme à vos aspirations. Votre intelligence et votre charisme vous en donnaient parfaitement l’occasion.

 

Mais pour ce qui est de Dieu, je vous mets au défi de nous prouver que votre chemin est le sien. Je suis prêt à vous le dire, face à face.

 

Vous me direz alors « Dieu est avec moi » et je vous dirais « Dieu est avec nous tous ». Vous direz « Dieu autorise la Haine pour le défendre », je vous dirais « Dieu est Amour car Il est Dieu ! ». Vous me direz « Dieu nous veut à son service et sombres », je vous dirais que « Dieu est Joie car il a fait le monde pour nous ». Vous me direz « Dieu veut que nous donnions notre vie physique pour lui », je vous dirais « Dieu est Vie et Il nous a donné la Vie pour ce monde ».

 

Je vous attends donc, si Dieu le veut.

 

Et, sinon, pourquoi ne pas revenir dans le monde des vivants, avec nous, et abandonner le monde des morts que vous avez choisi, finalement. Nous vous accueillerons dans notre monde. Vous serez jugé par un tribunal international pour les accusations de crime qui pèsent sur vous. Vous pourrez présenter les arguments de votre défense. Vous pourrez vous expliquer devant le monde entier.

 

Quel meilleur moyen pour faire comprendre vos idées, vos convictions, votre croyance religieuse, votre foi en Dieu ? N’est-ce pas cela que vous souhaitez ? N’est-ce pas pour cela que vous combattez ? Avez-vous peur d’avoir le regard du monde entier porté sur vous ? Quelle responsabilité, n’est-ce pas ?

 

Oui, vous risquez l’emprisonnement à vie. Mais si c’est Dieu que vous voulez servir, jamais vous n’aurez pu mieux le servir que comme cela. Si vous êtes reconnu coupable, vous pourrez véritablement vous rapprocher encore plus de Dieu.

 

Votre garantie qu’il en sera ainsi si vous suivez ce conseil ? Le déchaînement de violence qui envahirait nos pays dans le cas contraire car le pont entre ceux qui veulent vivre en paix, quelles que soient les convictions religieuses des uns et des autres,  et ceux qui sont prêts à mourir pour un monde qu’ils veulent imposer à tous, serait définitivement rompu.

 

Ce n’est pas cela que nous voulons, nous.   »

 

 

Patrick CLEMENT

Boulogne, le 23 novembre 2003

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